Accueil > Textes de création > Comment vivre (version rap)

Tania Kontoyanni

Comment vivre (version rap)

 

Comment vivre ? / Le monde est pourri.
Comment manger, ou marcher ? / Le monde est pourri.
Comment travailler, se reposer ? / Le monde est pourri.
On regarde la télé, on watch the news.
Mais comment ? / Le monde est pourri.

J’ai mal
J’me fais baiser par tous les trous à grands coups
De mensonge
L’illusion est parfaite, tout le monde y plonge
Manipulé, escroqué, on s’en fout
Le monde est fou
J’en ai assez
La terre tremble sous mes pieds
Je vois les bombes exploser
Les balles tirées, les coups frappés
Vous allez me dire que vous les sentez
Non. On est bien entraîné
On ne sait pas pleurer
On médite
On fait nos exercices
On s’applique
On se convertit au bouddhisme narcissique de l’Amérique :
À chacun son karma
Moi, j’aime mon moi
Je suis compatissant
Mais il s’agit pas d’mon sang
C’est beau d’voir ça
Moi, j’aime mon moi
Moi, j’embarque pus là-dedans

C’est poche
On vit pour les grosses poches
Ce qui compte c’est la sacoche
Garrocher des bombes sur d’la roche
Fuck the world
Mais
Nos actions montent d’une coche
Nos cennes se changent en piasses
On va se faire la passe
Ce qui s’passe ailleurs, se passe ailleurs
C’est pour mon cul que j’ai peur
J’veux pas le geler icitte
J’veux décoller, pis vite
Vivre en winner
Éduquer ma progéniture
Lui faire croire qu’la vie est pas dure
Qu’y est pas un looser
J’prépare son avenir
Je signe des traités de paix
Avec des épais
Qui m’donnent leur terre pour une bouchée de pain

Toujours le même refrain

Boom ! Boom ! Boom !
J’te laisse sauter mes tours de Babel
J’ te fais sauter avec mes bébelles
J’me fais du cash, la vie est belle
Pis j’rapatrie les infidèles
Pêle-mêle
C’est convenable en crisse
J’fais tout ça au nom du Christ !
Les States ont la grippe
C’est moi qui tousse
J’leur fais des pipes
Ils se la coulent douce
Oh Canada !
nos couilles sont molles
On gobe tout ce qu’on nous dit
Comme des vaches folles
Des putes frivoles
Fierté mon cul
La politique pue
Dedans, que du pus
Je sais que c’est cru
Mais qui croire, le PQ ?
Le PLQ ?
J’les ai déjà crus !
Jamais plus
Des traîtres comme tant d’autres
Des Judas qui crient qu’ils sont des apôtres.
Faites / croire / ça / à / d’autres
On fait aux autochtones
Ce que les Anglais nous ont fait
Que le fédéral encore nous fait
Comme ça le monde reste parfait
Y’a pas de progrès

On est tous des porcs
On couine tous vers la mort
Et quand bien même ça me mord
Cette morsure vaut de l’or.

Ha !
J’me fais rire
Quand j’pense aux illusions que j’ai pu nourrir
J’voyais un nouveau monde jaillir
Dans la métropole
On se métisse de plus en plus
Grecs, Haïtiens, Chinois, Russes, Hindous et Latinos
Sortez de vos ghettos
Faire votre patrie en plus petit
C’est ça une prison à vie
Le rêve américain
Se bâtit sur le dos des tiens
Qui sont restés derrière
À travailler pour trois fois rien
Tu veux être libre et souverain ?
Vois le peuple qui t’accueille comme le tien
Tu aimes ses banques
Mais tu méprises sa langue.

J’sais pas c’qui me fait parler
J’crois plus en rien
J’en ai assez de tolérer
J’suis proche d’la fin
Faut que j’arrête de penser
Parce que j’vais me tuer
Ça va m’tuer
Pis je l’sais
J’peux m’exploser sur la place publique
Mais ça fera pas lever le public
Dans une seconde il est amnésique.
J’craque. J’débarque.

Maman.
Mais qu’est-ce qu’il reste à espérer ?
Qu’un enfant peut tout changer ?
Que procréer c’est triompher ?
J’peux pas, ça me donne le goût de brailler
Quand j’pense au jour où il va pleurer
Quand j’pense au jour où mon enfant va me demander :
« Maman, le monde est fucké,
comment on fait pour le changer ? »
Mais où est-ce que j’vais trouver le courage
En regardant son doux visage
De dire : « J’ai épuisé ma rage
Comme un hamster dans sa cage
J’ai laissé faire le carnage
On est tous des bêtes sauvages
Et même pire des anthropophages »
J’enrage !

Les couillons jouent les offusqués
Quand ils entendent le franc-parler
C’est trop dur de se faire réveiller
Par les cris d’ceux qu’on a tués
C’est le frappeur qui se fait frapper
C’est le baiseur qui se fait baiser.
Mais tout est bien qui finit bien
Demain encore une autre chance
D’exploiter et de frapper
Pour prendre enfin notre revanche
Et vivre une plus grande opulence !

Moi, j’espérais que c’est ici que ça allait se passer
Le nouveau courant
La nouvelle mentalité
Le réveil de l’humanité
ouais.

 


En 2002, la compagnie de théâtre Il va sans dire réunissait 22 auteurs dans le but de créer un cabaret politique : « Vacarmes », qui fut présenté à l’Espace Libre, à Montréal. Le texte qui suit est l’un de ceux que Tania Kontoyanni a proposés dans le cadre de cette expérience. Il a donné naissance à un rap qui fut présenté au public (avec une musique originale de Coyote) lors de la Marche mondiale des Femmes, le 7 mai dernier, devant l’Assemblée nationale à Québec.

Tania Kontoyanni est avant tout actrice. Au théâtre, au cinéma, à la télévision. Elle est également animatrice, chroniqueuse, réalisatrice audio et auteure. Son recueil Murmures et autres rimes a été publié en 2002 aux éditions Alexandre Stanké.

 

 

Publié le 3 juin 2005 à 12 h 37 | Mis à jour le 12 mai 2015 à 17 h 30

Partage :
Share Button