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Jean Brodeur

VERS LA NOUVELLE-FRANCE

T1. LE SURVIVANT

Hurtubise, Montréal, 2018
514 pages
29,95 $

Que s’est-il passé en Nouvelle-France entre les voyages de Jacques Cartier et la venue de Champlain ? On ne peut que l’imaginer, comme le propose Jean Brodeur dans cette saga.

Les romans historiques dont l’action se déroule en Nouvelle-France ont la cote depuis quelques années aux éditions Hurtubise – pensons au coffret Hélène de Champlain (3 tomes) de Nicole Fyfe-Martel –, car ils permettent d’évoquer une époque révolue et méconnue. Dans son premier roman, Jean Brodeur ancre son récit dans une période relativement peu documentée, soit après le retour de Jacques Cartier en France et avant les premiers voyages outre-Atlantique de Champlain, à partir de 1603.

À son retour de Nouvelle-France après un séjour d’une année, un jeune huguenot nommé Dreux est arrêté et mis au cachot de Saint-Malo, sans aucune explication, en 1588. Rien ne saurait justifier un tel acte, sinon l’arbitraire ou une trahison. S’interrogeant sans cesse sur son destin, le prisonnier se met alors à écrire pour se raconter : « Je m’appelle Dreux. Dreux de Saint-Malo, Dreux de La Rochelle, Dreux de l’abbaye Notre-Dame du Bec ou Dreux d’ailleurs ». D’autres personnages mettront sur papier ce même cas, ce qui constituera un assemblage éclairant. L’action couvre à peine deux années et se concentre à Saint-Malo, et non dans le Nouveau Monde.

Ce premier tome de Vers la Nouvelle-France est élaboré comme une intrigue, une enquête avec plusieurs narrateurs ; on pourrait facilement imaginer une télésérie avec ses éclairages en clair-obscur, ses rebondissements et ses (trop) nombreux personnages secondaires. Évidemment, le meilleur roman historique ne pourra jamais se substituer à un livre d’histoire proprement dit, mais cette forme littéraire attirera dans bien des cas un lectorat plus large qu’un document tiré d’archives ou de journaux intimes. Pour tout historien, le roman historique réapparaît chaque fois qu’une toile de fond authentique se mélange à une intrigue plausible mais non avérée. Ici, Jean Brodeur cite en exergue cette attitude qui guidait l’écrivain Ken Follett : « Ma règle est la suivante : la scène s’est passée ou aurait pu se passer ; ces mots ont été prononcés ou auraient pu l’être ».

Avec les thèmes de l’incarcération injustifiée et de la vengeance, on repense parfois à Edmond Dantès, du Comte de Monte Cristo d’Alexandre Dumas. Les amateurs de sagas apprécieront ce texte bien écrit et vivant. Trois autres tomes devraient suivre.

Publié le 25 octobre 2018 à 16 h 45 | Mis à jour le 20 décembre 2018 à 15 h 10

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