Marc Arseneau

TURBO GOÉLAND

Perce-Neige, Moncton, 2018
85 pages
18 $

Après la publication d’Avec l’idée de l’échoen 2002, Marc Arseneau s’est tu. Et voici qu’il reprend la parole dans la continuité de ses trois recueils précédents. Le temps a passé : il avait 20 ans à la parution de son premier recueil, À l’antenne des oracles, en 1992.

Turbo goéland semble être un florilège de poèmes écrits au fil des années que l’auteur a ordonnés pour en tirer un récit cohérent. Ainsi, les saisons se chevauchent dans un mouvement qui part de Moncton pour se terminer au Cap-Breton, où il vit. En même temps, ce parcours géographique s’accompagne d’un changement fondamental dans la perception qu’il a de la société et de son rôle au sein de celle-ci. L’image de la lune, qui traverse le recueil, revient tel un mantra baignant de sa présence le questionnement du poète.

La langue se transforme au même rythme que sa réflexion. Chiac et code-switching occupent la première partie, tandis que la seconde, plus lyrique, s’en tient dans l’ensemble à une langue française plus normative. Les poèmes prennent de l’ampleur tout en devenant introspectifs.

La société décrite dans la première partie est urbaine, portée à consommer de façon excessive et animée par des tensions qu’expriment les heurts linguistiques entre le français et le chiac. Par contre, c’est aussi le monde de la musique, des arts, des amitiés, de l’amour, du party. Tout n’y est donc pas condamnable. Moncton est au centre de cet univers qu’élargissent les voyages et les rappels d’amitiés qui nourrissent l’imaginaire et la vie du poète. Et, toujours présente, l’Acadie, « ce territoire en feu » hanté par un passé que le narrateur tente d’apprivoiser. S’y mêlent les souvenirs de l’époque où il vivait à Moncton avec le rappel de lieux qui n’existent plus, mais qui ont marqué l’effervescence culturelle : « Nous ne rêvions qu’aux possibilités / désormais devenues espoir ».

Il traite ensuite de sa recherche « de la simplicité volontaire » et de son rapprochement avec la nature, embrassant « cette idée de refaire le monde [qui] ondule / dans la bibliothèque où des livres s’accumulent / entre les langues et les identités construites ». Apparaissent alors des références à la culture amérindienne, aux premiers occupants du territoire, et le désir de revenir à l’essentiel, aux gestes premiers, loin des appels de la société de consommation. Une douceur, une tendresse, une certaine naïveté viennent alors habiter les poèmes. Toucher l’essence de la vie, trouver le silence intérieur, celui de la sérénité qui « permet l’écoute du chant / du goéland dehors » et qui s’oppose au « turbo » du titre, signe de cette modernité vouée à la consommation dont il faut savoir s’éloigner.

Publié le 6 avril 2019 à 12 h 00 | Mis à jour le 6 avril 2019 à 12 h 46

Partage :
Share Button