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Johanne Fournier

TOUT DOIT PARTIR

Leméac, Montréal/Actes Sud, Montréal, 2017
75 pages
11,95 $

Johanne Fournier aurait pu faire un film de cette histoire. Après tout, n’est-elle pas documentariste ? Elle a choisi le livre, un tout petit livre de 75 pages dans un format que les éditeurs utilisent pour les recueils de poésie et qui reflète toute la délicatesse du propos.

Le 24 août 2011, son père, l’optométriste et historien de Matane Robert Fournier, meurt à l’âge de 93 ans. Elle était proche de son père et son amour et son admiration pour lui colorent tout ce récit.

Composé de très courts chapitres dont chacun traite d’une saison, Tout doit partir commence à l’hiver 2011 et se termine vingt chapitres plus loin à l’automne 2015. Une double trame traverse ce récit : la mort du père et la nécessité de faire le partage de ses biens, ce qui ramène des souvenirs, et le cheminement professionnel de Johanne Fournier du montage du Temps que prennent les bateaux à la fin de l’écriture de ce livre, et les questions qu’elle se pose sur son travail.

Même s’il est construit comme un journal intime, le récit fait fi de la chronologie à l’intérieur de chaque chapitre/saison. Les trois mois de la saison fusionnent des événements disparates, certains anodins, d’autres importants, mais tous signifiants, qui peuvent aussi bien se situer dans le présent que rappeler des événements du passé. Fournier s’en tient à l’essentiel, évoquant avec pudeur sa famille, son amoureux, sa fille, son petit-fils, ses amis et sa relation avec son père. Tout est exprimé avec une grande délicatesse dans une langue dont la limpidité devient poétique.

On a l’impression qu’elle a repris ses carnets personnels et qu’elle en a fait une synthèse, ne laissant émerger que ce qui allait dans le sens du départ. Celui du père, bien sûr, dont la richesse des archives lui donne l’idée de créer une exposition photographique, Boîtes de mon père no 1 à 22, qui est présentée en septembre 2013 à L’Espace F, une galerie consacrée à la photographie et située à Matane.  Elle évoque aussi son détachement face à ce cinéma auquel elle a consacré une partie de sa vie depuis son premier film en 1981. Depuis Le temps et la mort de son père, avoue-t-elle, « j’ai fait mille choses. Des inutiles, des obligées, des nouvelles, des belles, mais pas de film. Est-ce qu’il y en aura d’autres ? Je ne sais pas ».

Le temps passe. Les deuils viennent interroger la vie. C’est surtout ça, le sujet de ce très beau texte.

Publié le 25 septembre 2017 à 15 h 24 | Mis à jour le 6 octobre 2017 à 14 h 20

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