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Blaise Ndala

SANS CAPOTE NI KALACHNIKOV

Mémoire d’encrier, Montréal, 2017
274 pages
29,95 $

Alex Kiandi, de son surnom Fourmi Rouge, et Petit Che sont deux cousins plongés dans l’obscurité d’un conflit sanglant et barbare en cours dans les Grands Lacs, en « République démocratique du Cocagnie », en fait l’actuelle République démocratique du Congo.

Leur destin est perturbé par la venue d’une cinéaste québécoise, Véronique Quesnel, dont le film Sona, viols et terreur au cœur des ténèbres, tourné dans le pays, est sélectionné pour l’Oscar du meilleur film documentaire.

Le titre du film fait référence à Sona, une petite fille de quatorze ans, intelligente, mais forcée à l’esclavage sexuel par le commandant Rastadamus, seigneur de guerre qui dirige la guérilla dans laquelle Fourmi Rouge et Petit Che sont conscrits pour renverser le gouvernement central incompétent et corrompu.

Le thème central est la barbarie de la guerre, le massacre des populations et les viols des soldats à l’encontre des femmes, qu’elles soient enfants ou grands-mères. Fourmi Rouge conserve un minimum d’humanité dans l’écriture, tenant à jour son journal personnel dans lequel il consigne sa vie, notamment ses rapports avec Miguel, médecin basque espagnol, un véritable humanitaire qui est comme une bougie scintillante d’espoir dans les ténèbres ombrageuses de la violence qui les entoure.

On y suit aussi les aventures de Rex Mobeti, footballeur du pays parti faire carrière en Europe, où il sera auréolé de gloire et gagnera plein de fric, symbole d’un parvenu ayant rompu avec son pays. Mais qui tentera de changer sa réputation sulfureuse en y revenant pour installer un programme de sport au profit des jeunes de la rue.

Écrit dans une langue maîtrisée, dense, avec le style direct et cru d’un narrateur adolescent devenu jeune adulte ayant vécu bien des horreurs, mais qui garde toute sa lucidité, ce roman impressionne grandement par sa compréhension des enjeux africains, nord-américains et québécois, sa critique de l’humanitaire devenu spectacle, mais aussi par sa description sans fard du destin funeste des combattants instrumentalisés par des forces qu’ils ne peuvent dominer. Une histoire bien ficelée par un esprit manifestement aguerri aux choses de ce monde.

Publié le 22 juin 2017 à 16 h 35 | Mis à jour le 24 juin 2017 à 8 h 27

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