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Marc Lincourt

RETOUR AUX PIERRES ÉLÉMENTAIRES

Triptyque, Montréal, 2014
113 pages
30 $

Dans son livre Retour aux pierres élémentaires, l’artiste Marc Lincourt nous raconte comment, sur une période d’environ quinze ans, il a élaboré son projet, devenu une obsession, qui l’a conduit au Moyen-Orient (l’ancienne Mésopotamie), là où est née l’écriture. Au début de son récit, il dit une chose capitale : « Pour une raison dont je n’ai pas gardé le souvenir, je m’étais mis à tracer sur une feuille de papier […] la lettre A ». Cette phrase est en effet importante parce qu’elle introduit dans les propos de Marc Lincourt la notion d’inconscience liée à la création artistique. Au moment où il s’est mis à tracer cette lettre, il semble avoir été, comme l’a proposé André Breton, dans « l’état le plus passif, ou réceptif » possible, cet état où, précisément, entre en jeu l’inconscient. Ma remarque ne vise point à qualifier de surréaliste l’œuvre de Marc Lincourt. C’est une invitation à réfléchir sur l’intérêt de ce récit que nous propose l’artiste.

Dans ce livre, il nous est donné de voir un ensemble d’images dans lesquelles des lettres et des signes s’insèrent pour former des compositions insolites, non référentielles. Le spectateur, face à l’un ou l’autre de ces enchevêtrements, ressentira certes une émotion, mais il lui sera difficile, sinon impossible, de remonter à la source du processus qui les a fait naître et cela malgré les titres qui sont donnés au regard des œuvres.

Le texte de l’artiste, s’il nous parle de ses voyages, de ses rencontres, de ses découvertes, ne dit pas, ne peut pas dire véritablement si l’émotion ressentie par le spectateur, ou toute autre personne d’ailleurs, était présente à l’origine de ce geste inconscient qui a tracé la lettre A. Ce texte est en réalité une tentative de reconstituer la démarche suivie dans le but de donner un code d’accès additionnel aux œuvres produites et donc de rapprocher du point de départ le lecteur/spectateur.

Nombreux sont les artistes qui croient que c’est en vérité le spectateur qui complète l’œuvre en lui donnant un sens en fonction de ses propres attentes, de son monde, de ses réalités. C’est alors que l’art peut prétendre être une relation de communication. La pertinence du récit que propose Marc Lincourt viendrait alors du fait qu’avec lui apparaissent de nouvelles possibilités de dialogue, comme l’a écrit John R. Porter, qui préface ce livre auquel participent aussi René Viau et Jean Lejeune.

Publié le 11 février 2016 à 16 h 28 | Mis à jour le 11 février 2016 à 18 h 16

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