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Frédéric Andrau

RÉGINE DEFORGES

LA FEMME LIBERTÉ

Séguier, Paris, 2018
190 pages
37,95 $

La biographie de l’écrivaine et éditrice, aussi sollicitée que controversée, s’ouvre sur le matin de ses funérailles. Frédéric Andrau se dirige vers l’église. Ami fidèle de Régine Deforges, il constate avec amertume l’absence de certains et certaines qui auraient dû y être, ayant bénéficié de la solidarité, de l’engagement, bref de la générosité de la passionaria de la liberté.

Connu par ailleurs comme acteur et metteur en scène, Frédéric Andrau a beaucoup côtoyé celle qu’il appelle avec affection la femme liberté. La liberté, son incessant combat qui lui vaudra moult ennuis avec la justice. En 1968, elle est accusée d’outrages aux bonnes mœurs pour avoir édité un ouvrage érotique tombé dans l’oubli, Le con d’Irène, attribué à Aragon, qui refuse d’y accoler son nom. Condamnée par le tribunal de Paris, Deforges est privée de ses droits civiques pendant cinq ans. D’autres sanctions suivront. Andrau suggère que l’ostracisme subi alors que Deforges n’avait que quinze ans serait peut-être à la source de son côté rebelle. À cette époque, elle avait confié à son journal intime l’amour qu’elle éprouvait pour une camarade. Le journal fut volé ; chassée de l’école et objet de scandale dans tout le village de Montmorillon, elle en resta marquée.

Amoureuse des livres et grande lectrice éclectique, admirant notamment la comtesse de Ségur, Deforges est animée par une passion pour la littérature érotique qui ne se dément pas malgré les déboires : comme éditrice qui sort des limbes des ouvrages proscrits, lesquels, sitôt en librairie, risquent d’être saisis ; comme romancière qui affronte les sarcasmes pour des œuvres jugées pornographiques. Les deux maisons d’édition qu’elle crée ne résisteront pas. Toutefois, elle goûte au succès avec le roman historique La bicyclette bleueparu en 1981, premier tome d’une trilogie qui sera suivie de sept autres romans, une véritable saga. La résistance des Français contre les Allemands lors de la Seconde Guerre mondiale sert de cadre à l’intrigue, délibérément inspirée d’Autant en emporte le vent. Grand succès, mais à nouveau, poursuite devant les tribunaux, cette fois de la part des ayants droit de la romancière Margaret Mitchell pour la réécriture de son roman. Deforges aura finalement gain de cause après des années de procès.

Le portrait que trace Andrau de la femme au cigare et à la crinière rousse évoque aussi ses amours bisexuelles, ses amitiés, ses rencontres, ses mariages, dont le dernier avec le dessinateur Wiaz de seize ans son cadet et père de son troisième enfant, Léa Wiazemski. Frédéric Andrau raconte avec nuances cette auteure à la personnalité complexe, non exempte de paradoxes, qui ne laisse personne indifférent. Une biographie qui se lit comme un roman, que l’on ait lu ou pas les livres de la romancière.

Publié le 16 octobre 2018 à 16 h 05 | Mis à jour le 16 octobre 2018 à 16 h 05

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