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Jean-Christophe Réhel

CE QU’ON RESPIRE SUR TATOUINE         

Del Busso, Montréal, 2018
283 pages
24,95 $

Tatouine, c’est la planète refuge de Christophe. La Tatooine de Star Wars, mais en mieux, sans tempête de sable, sans loyer à payer, loin de Repentigny, loin du Super C où il travaille comme commis de service, et loin du sous-sol de Normand, à qui il loue une chambre, enfoncée dans la « swompe » de Dagobah, pour fuir le monde en mangeant des nouilles Sidekicks et en se saoulant au Chemineaud.

Christophe voudrait se perdre, disparaître comme un fantôme, quitter sa lourdeur terrestre, pour pouvoir enfin respirer à pleins poumons et ne plus être malade : « J’ai un chien dans les poumons. Un chien qui me haït pour mourir et je ne sais pas pourquoi ». À l’instar de Jean-Christophe Réhel, le narrateur de Ce qu’on respire sur Tatouine est atteint de fibrose kystique. Entre les traitements qu’il doit faire chez lui, les rendez-vous au CLSC, les passages à la pharmacie et les hospitalisations, la maladie continue de creuser sa fatigue et ne lui laisse aucun répit.

Dans son premier roman, Réhel reprend les thématiques qui lui sont chères et qu’on retrouve dans ses deux derniers recueils de poésie La fatigue des fruits et La douleur du verre d’eau, parus dans le même souffle, durant la même année. Ce qui fait la force du récit de Réhel, c’est sa structure sans chapitre et sans coupure. Le texte coule lentement en suivant le cours des pensées de Christophe, le temps s’arrête presque, se suspend. Les petites choses remontent à la surface, s’étirent en imagination, en lumière, deviennent des paysages, des personnages de fiction et prennent vie, deviennent la vie. Les petites choses ont d’autant plus de poids qu’elles émergent au milieu de cette maladie « absurde et grotesque » qui le fait « mourir à petit feu ».

La vérité, c’est qu’on rit beaucoup sur la planète de Réhel. On rit de sa langue folle, obsessive, singulière. On rit des situations cocasses dans lesquelles se retrouve le narrateur, qui maîtrise parfaitement l’autodérision, mais on rit surtout pour conjurer la mort et établir une distance avec cette tristesse qui surgit malgré tout, à mesure que le récit avance : « Je n’ai pas l’impression de vivre ces choses, j’ai l’impression de regarder la vie de quelqu’un d’autre, mais de souffrir quand même ».

Publié le 6 avril 2019 à 13 h 00 | Mis à jour le 12 avril 2019 à 8 h 30

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