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Matthieu Ricard

PLAIDOYER POUR LES ANIMAUX

VERS UNE BIENVEILLANCE POUR TOUS

Allary, Paris, 2014
369 pages
29,95 $

Les auteurs ne manquent pas, de Plutarque à Peter Singer, en passant par Jeremy Bentham, pour déplorer l’asservissement des animaux au bon vouloir des humains. Le moine bouddhiste et auteur à succès Matthieu Ricard ajoute sa voix au concert, sans apporter un nouvel éclairage à la question et, surtout, sans indiquer de piste pragmatique susceptible de guider une action commune.

Le plaidoyer recrute pour sa cause une pléthore d’auteurs, mais n’approfondit pas les options des uns et des autres, les citant souvent hors contexte, le tout sur un mode cumulatif, peu représentatif de l’essai au sens fort du terme. Comme plusieurs autres défenseurs des animaux, Ricard fait grand cas de La jungle d’Upton Sinclair pour ses descriptions du traitement des animaux dans les abattoirs de Chicago au début du XXe siècle. Pourtant, Sinclair voulait dénoncer les conditions de travail extrêmement pénibles subies par les employés de ces abattoirs. Dès la parution du roman, l’écrivain socialiste avait été agacé par certaines interprétations de son œuvre, et Ricard contribue à perpétuer le malentendu. Il en va de même de ces quelques phrases de L’insoutenable légèreté de l’être, où Kundera s’amuse d’une éventuelle invasion de Martiens ayant le pouvoir de réduire l’humanité au statut d’espèce inférieure. Rien pour conclure que Kundera soit en faveur d’accorder formellement des droits aux animaux.

Les humains sont redevables au monde animal, la cause est entendue. Mais pourquoi l’évolution de la relation devrait-elle, comme l’avance Ricard, être motivée par un sentiment de culpabilité ? L’ouvrage postule entre autres l’existence d’un tel sentiment à l’égard de la mise à mort des animaux dans les sociétés fondées sur la chasse ou sur l’élevage. Or, c’est plutôt une vision « partenariale » de la relation qui est attestée dans les écrits anthropologiques, tant en ce qui concerne les sociétés de chasseurs-cueilleurs que les systèmes agro-pastoraux. La culpabilité n’est pas un fondement culturel solide. Faire appel à la responsabilité des humains à l’égard de diverses formes de vie serait plus porteur. Ricard évoque la seconde possibilité, mais trop timidement.

Publié le 15 février 2016 à 12 h 53 | Mis à jour le 16 février 2016 à 12 h 37

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