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Sévryna Lupien

JE NE SUIS PAS DE CEUX QUI ONT UN GRAND GÉNIE

Stanké, Montréal, 2016
179 pages
22,95 $

Victor préfère qu’on l’appelle Auguste, parce que Victor, « ça ne ressemble à rien ». Le ton est donné : cet enfant qui n’a pas un grand génie, mais une étonnante lucidité, racontera son histoire à partir du moment où il décide de quitter l’orphelinat Sainte-Marie-des-Cieux pour aller visiter le monde.

Il rencontrera sur sa route plus d’amis que de problèmes et fera des découvertes qui changeront sa vie (comme les croissants !)

Pour son premier roman, Sévryna Lupien a donc fait le pari du narrateur enfant, pari qu’on peut considérer casse-cou tant il a été exploité par des grands comme Romain Gary ou dans des succès récents comme Extrêmement fort et incroyablement près de Jonathan Safran Foer. La primoromancière ne réinvente pas le genre, mais elle dose correctement les ingrédients de la recette : un mélange de ton naïf et d’étonnantes connaissances sur le monde. On a donc droit à ce regard un peu décalé qui confond l’étoile de shérif avec celle stigmatisant les Juifs, et qui aime bien utiliser de beaux grands mots mal maîtrisés.

Auguste n’a peut-être pas un grand génie, mais pour lui le verre est toujours à moitié plein : il voit beaucoup de beauté dans la vie d’itinérance qu’il partage avec Georges et confond les piqûres de seringue sur les bras d’une femme avec quelque rituel de passage. Il est aimant et on sent qu’il soulève l’amour sur son passage. Il y a beaucoup de soleil dans cette prose qui nous porte loin du cynisme.

Sauf que le roman réserve au lecteur une chute étonnante : tout n’est pas ce qu’on croit. Les quinze dernières pages obligent à reconsidérer l’ensemble du récit de Victor/Auguste (à moins que ce soit un autre nom encore ?). Écrivant cela, j’ai peur d’en dire déjà un peu trop…

Ce revirement n’est pas mal piloté, mais les fils, semble-t-il, auraient dû être un peu mieux attachés pour permettre au lecteur de faire son chemin entre le réel et le fantasme. Ce qui se voulait sans doute comme la touche la plus originale du récit n’est peut-être pas l’aspect le mieux réussi du projet. Cette réserve étant énoncée, il ne fait aucun doute que la voix d’Auguste/Victor trouvera un public dans cette période où l’espoir est précieux.

Publié le 22 juin 2017 à 16 h 27 | Mis à jour le 22 juin 2017 à 16 h 27

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