Mot

Julie Hétu

MOT

Triptyque, Montréal, 2014
204 pages
22 $

Mot, comme dans mort, ainsi que Julie Hétu le définit en exergue de son livre : « Mot est le dieu de la mort, ou littéralement ‘la mort’, dans la Syrie antique ». Mort comme dans Beyrouth en guerre, comme dans meurtre et exécution, comme dans corrida espagnole et rituel sanglant.

Beaucoup de morts.

Roman poétique, la dernière œuvre de l’artiste multidisciplinaire ébouriffe le lecteur, l’étourdit parfois, mais réussit aussi à le charmer.

Fuyant le Liban des années 1960 pour aller vivre sous les cieux plus cléments de l’Espagne, Anat et sa fille Cybèle (aussi nommée Nayla) s’installent à Majorque, une des îles des Baléares. « Tu vas m’expliquer, papa, quand tu viendras nous rejoindre, pourquoi nous sommes partis ? » Ainsi commence le long exil d’une mère et de sa fille à l’incessante recherche de leur destin, tout de violences, de souffrances et de tragédies.

Devenue peintre, l’adulte Cybèle s’enthousiasme pour l’art de la corrida, les matadors et « les magnifiques dessins tauromachiques de Picasso […] surtout de l’image qu’il se fait de la femme torera ». Elle transmet ses deux passions à ses enfants, à sa fille Elmihra surtout et à son fils prénommé Mot, justement. « Déjà, toute petite, fascinée par les corridas, Elmihra peignait la mort des taureaux avec une grande minutie. »

Encore et toujours la mort.

Lorsque Cybèle disparaît dans un Liban incertain à la recherche de ses racines, Elmihra est une jeune torera professionnelle, connue pour « ses novilladas à mi-chemin entre la danse et le combat ». À quinze ans, elle « a déjà tué plus de 150 taureaux ».

Le long passage traitant de la tauromachie demeure un moment fort du roman, riche en renseignements et démontrant sinon l’amour du moins la fascination de l’écrivaine pour cette tradition pluricentenaire. « Dans l’arène, il n’y a plus de présent, plus de futur, plus de passé, tout ça ne fait qu’un. Ce n’est pas tant une envie de tuer que celle d’être ensemble, en harmonie avec le taureau. » Sur la quatrième de couverture, une photographie de l’auteure – vêtue de l’habit noir et or du toréador en deuil, avec un crâne en argent dans sa main droite – laisse planer peu de doutes sur ses intentions.

Au fil du récit, les drames se succèdent sous le chaud soleil espagnol, souvent sur le sable de l’arène d’ailleurs, et la fin apocalyptique des protagonistes arrive sans surprise. La saga de cette famille libano-espagnole baignant dans les larmes et le sang est cependant malaisée à suivre. Par contre, pour qui aime les tragédies grecques et les propos littéraires audacieux, Mot saura tenir en haleine jusqu’à la catastrophe finale.

Publié le 19 mars 2015 à 13 h 10 | Mis à jour le 25 novembre 2015 à 16 h 03

Partage :
Share Button