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Tahar Ben Jelloun

MES CONTES DE PERRAULT

Seuil, Paris, 2014
292 pages
29,95 $

Réécrire les contes les plus ancrés dans la mémoire collective occidentale est un exercice auquel plusieurs se sont frottés avec plus ou moins de bonheur, plus ou moins de trouvailles. Tahar Ben Jelloun s’y met donc, lui aussi, avec ses propres Contes de Perrault, dix récits célèbres revus et corrigés à sa façon. Il établit dès l’avant-propos l’universalité de ces histoires qui appartiennent, affirme-t-il, tout autant à l’Orient, l’Orient arabo-musulman en l’occurrence, qu’à l’Occident. Pourquoi donc ne pas les revoir avec des yeux et une culture d’Oriental ?

Le projet est a priori intéressant et le lecteur se demande ce qu’une refonte sous un angle culturel différent va apporter à ces récits qu’il connaît si bien. Du coup, le même lecteur peut trouver un certain intérêt à voir le petit chaperon rouge devenir « la petite à la burqa rouge » et le loup un barbu islamiste avide de jeune chair à violer. La morale du conte devient le rêve d’un monde où la fille réussirait à maîtriser son agresseur et où la police viendrait à son secours et chasserait hors des frontières de son pays les terroristes qui le menacent. Il y a également quelque originalité à voir les noms des héros, des ogres et des sorcières s’imprégner de culture arabe, particulièrement maghrébine : Hakim, Soukaïna, El Ghoul, Kandisha, etc. On trouve aussi dans ces textes une remise en cause des clichés sur l’islam, présenté ici comme une religion de justice qui a apporté des libertés et qui, au contraire de ce que l’actualité pourrait laisser croire, a donné les fondements d’États de droit dans le monde arabe. Dans la même foulée, les contes de Ben Jelloun s’attaquent au racisme, aux canons de beauté trop peu remis en question : la Belle au bois dormant est noire, son prince charmant est petit et chétif.

Certes, ces surprises de lecture peuvent plaire, mais le didactisme qui a inspiré le projet manque de discrétion et de subtilité. Par ailleurs, on a l’impression qu’à quelques exceptions près, le travail de réécriture est plutôt cosmétique, qu’il s’arrête à l’emballage et n’aboutit pas à une métamorphose fondamentale. La réponse amoureuse, par exemple, reste l’unique clé du bonheur des héros de ces contes et, dans l’ensemble, on ne trouvera pas ici la touche d’un écrivain qui a du métier, comme Tahar Ben Jelloun. On attendait plus de l’auteur de L’enfant de sable, mais les grandes œuvres n’ont-elles pas toujours tendance à mettre de l’ombre sur les textes ultérieurs de leur auteur ?

Publié le 8 février 2016 à 18 h 28 | Mis à jour le 9 février 2016 à 11 h 45

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