Catherine Leroux

MADAME VICTORIA

Alto, Québec, 2015
196 pages
22,95 $

Un crâne est retrouvé dans le boisé tout près de l’hôpital Royal Victoria, en plein cœur de Montréal. Une enquête est ouverte, mais il s’avère impossible d’identifier le squelette, surnommé Madame Victoria. Elle s’est éteinte dans la solitude, avec pour seuls témoins les arbres et leurs feuilles tel un lit de délivrance. Sa mort silencieuse revêt le sceau de mille et une injustices et camoufle les tempêtes qui l’ont habitée. Ses secrets couverts de mousse et ses souffrances devenues terres fertiles ont engendré ce court roman, Madame Victoria, le troisième de Catherine Leroux.

Inspirée par une histoire vraie présentée à l’émission Enquête, Leroux s’est laissé envahir par cette Madame Victoria. Dans chaque chapitre, celle-ci apparaît sous plusieurs visages, souffre de différents maux avec la mort comme seul remède contre l’hydre… Véritable kaléidoscope où l’œil tente de reconstruire le vrai visage de Madame Victoria, le roman tend vers le recueil de nouvelles et présente une dizaine de versions de la même personne, de plus en plus mystérieuse au fil des chapitres. Des parcelles d’humanité crédibles, d’autres teintées de science-fiction ; Leroux laisse libre cours à ses fantasmes littéraires et déverse toute sa créativité au nom de l’ignorance quant à l’issue réelle de l’enquête sur la mort de Madame Victoria. Le lecteur embarque tête première dans cette quête de vérité, se donnant droit à l’improbable, et visite toutes les hypothèses qui dévoileraient un indice sur qui a vraiment été Madame Victoria.

Au début de chaque chapitre, l’auteure donne certains détails qui nous permettent de clairement comprendre le nouvel univers où nous nous situons. Le lecteur dévore alors quelques pages pour valider qu’il a bel et bien lu, qu’il a bien compris qu’un savant fou a rendu Madame Victoria invisible ici ou qu’elle est allergique aux humains là. Aussi, le dénouement n’est plus la raison d’être de chaque histoire ; c’est le chemin pour s’y rendre qui nourrit l’intérêt. La ligne directrice du roman apparaît quelques fois sous la forme d’un récit indépendant aux fragments d’histoires, une mise en abyme intéressante et habile. D’une plume singulière, Catherine Leroux écrit des odyssées imprégnées d’une poésie fine et sobre.

Publié le 27 juin 2016 à 11 h 39 | Mis à jour le 7 juillet 2016 à 13 h 41

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