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Anne-Marie Couturier

L’ÉTONNANT DESTIN DE RENÉ PLOURDE

PIONNIER DE LA NOUVELLE-FRANCE

David, Ottawa, 2008
414 pages
24,95 $

Il n’est pas de quotidien qui demeure banal ou interchangeable lorsqu’il est pris en charge par une écriture aussi nerveuse et véloce que celle-ci. C’est elle qu’on entend, qui transporte, qui envoûte. Partir du Poitou pour rompre avec les redevances exigées par les pouvoirs religieux et temporels et pour posséder enfin un lopin de terre à soi et rien qu’à soi, cela, certes, ressemble à d’autres trajectoires d’aussi bonne race. Quelques-uns, en tout cas, ont partagé l’entêtement de l’ancêtre de René Plourde et payé tribut eux aussi au désir d’émancipation et d’enracinement. À ceux-là, il n’aura manqué – mais la différence est énorme – qu’une conteuse au verbe aussi puissant qu’Anne-Marie Couturier.

Selon une sympathique légende, que l’auteure se désole de ne pouvoir confirmer, le patronyme de Plourde devrait son émergence pour une part à l’agilité langagière de l’ancêtre et, pour l’autre part, au plus farouche des entêtements. Double manifestation d’un besoin de liberté. L’ancêtre tient mordicus à susciter le dernier rire, lui et ses descendants sont allergiques à la servitude. Incapable de perdre un duel verbal, même si l’altesse humiliée peut venger cruellement sa défaite, l’ancêtre de Plour triomphe une fois de trop au jeu dangereux de la surenchère verbale. Sa victoire un peu puérile lui coûte la particule sans laquelle le noble cesse d’être noble : le noble de Plour devient le négligeable Plour. C’est là que l’entêtement rescape la témérité langagière. De la particule, Plour se fait une addition : l’ex-de Plour s’appellera désormais Plourde. Le descendant, parvenu en Nouvelle-France, ignorera les duels de bons mots, mais attachera à la liberté le même prix que son ancêtre. Au poste d’intendant qu’on lui offre, il préférera la possession d’une terre bien à lui. « Mon verre n’est pas grand, mais je bois dans mon verre. »

L’écriture enfièvre le récit. Passent les jours et les années, sans rupture, sans pause, sans dilution ni ralentissement. Aucune surchauffe artificielle, mais une trépidation constante, syncopée, haletante. On en oublie que le temps file, que les générations naissent et grisonnent, que les colosses aussi sont mortels. Il faudra que tombe le rideau pour que l’on mesure l’ampleur de la réussite. Selon les volets de la table des matières, les chemins du sang ont conduit aux chemins de la liberté parce qu’ils ont emprunté les chemins du courage. Récit prenant, écriture de haut vol.

Publié le 21 mars 2009 à 13 h 49 | Mis à jour le 18 décembre 2014 à 20 h 52

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