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Les variations Burroughs

Sylvie Nicolas

LES VARIATIONS BURROUGHS

Druide, Montréal, 2014
171 pages
17,95 $

Les variations Burroughs, du nom de l’auteur William Burroughs, celui-là même « qui […] avait apporté la modernité à la littérature américaine [et qui] était un assassin ». Sylvie Nicolas revisite la vie du précurseur mythique de la Beat Generation, bien entendu, mais parle surtout de souvenirs enfouis, de drames familiaux, de séparations et d’amours perdues, d’espoir et… de livres. Et d’écriture.

Tout en subtilité, l’écrivaine – qui est aussi poète – nous propulse dans son univers, pour le moins bizarre, mais attachant et souvent attendrissant. Court roman, journal intime ou correspondance à sens unique, le dernier-né de l’auteure est à mille milles d’un thriller ou de toute autre forme de livre d’action, bien rempli qu’il est de son souffle lyrique.

Sylvie Nicolas nous prend par la main et nous fait connaître ses jardins secrets, qu’elle cache autant dans la ville de Québec qu’au bord de la mer. Le récit compte une vingtaine de chapitres, répartis dans plusieurs parties aux noms évocateurs : « Variations pour une femme et son petit bagage » ou encore « Variations pour une femme et une contrebasse », chaque « variation » racontant une histoire qui n’en est pas vraiment une. Ce sont plutôt de petits tableaux impressionnistes, comme le mouvement pictural du même nom. Ou encore des collages évocateurs.

Bien que traditionnels, les thèmes sont abordés et traités avec finesse et humour. Il y a l’omniprésente famille, avec une mère adoptée en Alberta puis exilée en Gaspésie, ainsi que trois frères, dont la vie est parfois menacée. Il y a la maison familiale, si réelle, si importante. Et puis la rupture avec un dernier amant, menée avec tant de délicatesse. « Page 19 de ma vie sans Charles : ça fait chier. […] Page 60 de ma vie sans toi, Charles. […] Peut-être voulais-tu que je te supplie de rester. […] Que je te ramène à moi. »

L’amour que l’auteure porte à ses grands-parents et le bonheur de ses vacances d’été au bord du fleuve la réconcilient avec elle-même, avec la vie, avec les autres, avec cette mère absente et souvent fuyante, à qui elle rend pourtant hommage à sa façon. « Vous auriez aimé écrire quelque chose qui la touche, la bouleverse ou, à tout le moins, la frôle. Mais, comme Dieu, elle règne sur la désolation et le silence. »

L’écriture ciselée de Sylvie Nicolas demeure légère, tout en étant admirablement maîtrisée. Un grand plaisir de lecture, tout en douceur.

Publié le 29 avril 2015 à 12 h 23 | Mis à jour le 12 juin 2015 à 10 h 57

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