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LES CRIS DE LAURE

Colette Peignot (Laure)

LES CRIS DE LAURE

FRAGMENTS, POÈMES SUIVIS DE CORRESPONDANCE 1923-1936

Les Cahiers, Meurcourt, 2014
117 pages
20 €

Née en 1903 dans une illustre famille de typographes, Colette Peignot a été emportée par la tuberculose en 1938. « Laure » est le pseudonyme que ses amis Georges Bataille et Michel Leiris lui ont attribué avant de publier hors commerce et sans autorisation un premier recueil posthume, Le sacré, en 1939. D’autres publications de ce type allaient suivre : Écrits de Laure en 1971, Écrits retrouvés en 1987 et un volume de correspondance, Une rupture, 1934, en 1999. Ce sont les derniers textes inédits de Colette Peignot que rassemblent ici les éditions Les Cahiers.

Il faut saluer au passage le travail de cette jeune et dynamique maison d’édition basée à Meurcourt, en Franche-Comté, dont les initiatives de publication visent notamment Artaud, Bataille, Leiris et, annoncé pour 2016, Aragon. Inaugurant la collection « Hors-Cahiers », Les cris de Laure fait suite au premier numéro des Cahiers Laure, publié en 2013, qui contenait un entretien avec le neveu de l’écrivaine, Jérôme Peignot, des essais critiques et un précieux dossier sur la (les) réception(s) de Laure.

Le premier tiers du livre réunit des fragments et des poèmes. Succession de notes poétiques sur la vie, l’enfance, le moi, la sexualité, les autres, ces pages sont l’indice d’une sensibilité à la fois enflammée et meurtrie, qui observe que « quelque chose [la] ‘vitriole’ moralement » et qui s’emploie à « tuer en soi les réactions saines ». Un rapprochement avec Rimbaud s’impose assez vite, même si Laure possède visiblement un style bien à elle. Pas étonnant que la jeune femme ait à ce point fasciné Bataille. Plus surprenant, par contre, l’anonymat relatif dans lequel son nom est toujours tenu. Les deux derniers tiers du livre comprennent des lettres adressées à sa belle-sœur Suzanne, à sa mère et à l’écrivaine, voyageuse et photographe suisse Ella Maillart. Cette correspondance présente surtout un intérêt biographique, même si l’on prendra plaisir à suivre Laure au fil de différents déplacements : à Venise, à Pallanza (dans le Piémont), à Gavarnie et Barèges (en Hautes-Pyrénées) ainsi qu’à Moscou et à Madrid.

Publié le 9 juillet 2015 à 15 h 47 | Mis à jour le 9 juillet 2015 à 16 h 24

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