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Le jardin d Amsterdam

Linda Amyot

LE JARDIN D'AMSTERDAM

Leméac, Montréal, 2013
85 pages
9,95 $

Il faut maîtriser jusqu’à l’art l’amour et la compréhension des adolescentes pour créer dans tout son naturel le beau personnage d’Élaine. Ouvrir la porte d’un commerce pour simplifier l’entrée d’une octogénaire, c’est peu de chose, mais lorsque cela a lieu une fois, deux fois, trois fois, le sourire de complicité s’épanouit et l’amitié peut naître entre l’adolescente et la déclinante propriétaire du « jardin d’Amsterdam ». Voir et sentir ces impondérables, tel est le don de Linda Amyot.

Élaine ne détonne pourtant pas dans son monde. Comme ses contemporaines, elle s’émerveille de la beauté de tels traits masculins, s’évade par le rêve même pendant des cours sympathiques, oublie d’avertir sa mère d’un éventuel retard, se plie aux changements affectifs de ses parents. Depuis déjà plusieurs lunes, Linda Amyot loge ainsi ses personnages dans leur temps et leur enracinement, ne les laisse jamais s’étioler en êtres artificiels et faux, à les faire aimer tous caprices compris.

Bien sûr, l’écriture reflète cette empathie entre Élaine et les êtres qu’elle côtoie et adopte. Puisque la vieille amie tient aux prénoms et au tutoiement, les conversations fusent librement et Élaine, devant la photo jaunie de la toute jeune Adèle, se laisse aller à la vanter… au passé : « Comme tu étais belle ! » Si gaffe il y a, la gentillesse spontanée du regret la fait oublier et la vivacité de l’écriture fait sourire de la maladresse.

Ce minuscule récit comporte ses virages. Il s’ouvre sur l’étonnement meurtri qui frappe Élaine en découvrant, à son retour de vacances, que la maison d’Adèle est offerte à la vente : comment Adèle a-t-elle pu lui infliger cette vilaine surprise ? Quelques pages plus loin, l’intensité de ce chagrin se gonfle encore ; elle se double même d’un vilain doute. En entendant la nièce d’Adèle nier l’autobiographie racontée par sa tante, Élaine, comme le lecteur, est effleurée par le soupçon : Adèle aurait-elle versé dans l’affabulation ? Aurait-elle créé un roman d’amour et de fidélité à partir du vent ? Petit doute, grande inquiétude.

En peu de pages, on pénètre ainsi, en même que temps les jeunes lectrices et lecteurs, dans le monde de l’adolescence dont Erich Maria Remarque disait pourtant qu’on n’y pénètre plus jamais lorsqu’on l’a quitté une fois. Tant mieux si le Prix du Gouverneur général a reconnu cette exception.

Publié le 27 avril 2015 à 14 h 45 | Mis à jour le 12 juin 2015 à 10 h 07

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