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Sylvain Lelièvre

LE CHANTEUR LIBRE

Typo, Montréal, 2008
313 pages
16,95 $

Compte tenu de son poids démographique, le Québec a eu depuis un demi-siècle une proportion exceptionnelle de grands chansonniers et d’auteurs. Parmi ceux-ci, Sylvain Lelièvre (1943-2002) était l’un de nos artistes les plus talentueux. Interprète de très grand talent mais souvent sous-estimé, Sylvain Lelièvre a enregistré dès 1974 plusieurs de ses compositions dont les textes méritent d’être relus. Au début des années 1970, la radio FM au Québec avait favorisé l’émergence d’artistes moins clinquants, d’un humour subtil. Dans « La banlieue » (1979), on peut lire : « Je suis de la classe moyenne / Ça veut dire que j’suis endetté ». Dans « Le blues du courrier » (1974), le chanteur ironise : « Ma journée peut pas commencer / Tant qu’le facteur est pas passé ».

Outre l’intégrale des chansons (dont « Petit Matin », « Old Orchard », « Marie-Hélène » et plusieurs inédits de jeunesse), on trouve une préface de Robert Léger (du groupe Beau Dommage), une présentation de Denys Lelièvre sur leurs fréquentations musicales de jeunesse (Charles Trenet, Félix Leclerc, Nat King Cole), mais aussi une postface fort juste de Jean Royer, une trop brève chronologie, une discographie comprenant 33 tours et disques compacts.

Cet ouvrage important s’ajoute à la réédition du coffret Chansons retrouvées, comprenant en outre un DVD et un livret ; au moment où l’histoire de Limoilou racontée par Jacques Saint-Pierre (Lettres de Limoilou, De Cartier à aujourd’hui) évoque directement la chanson de Lelièvre « Lettre de Toronto ». Le texte évocateur de cette chanson sur l’avenir de la culture francophone devant l’anglicisation est chargé de références culturelles sur le pouvoir des compagnies de disques multinationales et de certaines stations de radio : « On vient de signer cinq ans chez CBS », qui « sont forts à CHOM ». Ces allusions demanderont un jour à être expliquées, afin de comprendre les subtilités et les sous-entendus, par exemple pour décrire comment les marchands canadiens-anglais désignent l’auditoire du Québec : « Y nous ont dit que tout c’qui nous manquait / C’t une toune française pour le marché de l’Est ».

Par ailleurs, on attend toujours une édition critique des chansons de Sylvain Lelièvre. En avant la musique !

 

Publié le 14 décembre 2008 à 10 h 32 | Mis à jour le 20 janvier 2015 à 19 h 58

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