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Annie Barrows, Mary Ann

LE CERCLE LITTÉRAIRE DES AMATEURS D’ÉPLUCHURES DE PATATES

Trad. de l'anglais par Aline Azoulay
Nil, Paris, 2009
391 pages
29,95 $

Les éditions Nil occupent un créneau populaire dont les livres font recette. L’un des derniers titres parus, Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates, ne fait pas exception à la règle. Le roman emprunte la forme épistolaire et relate la vie d’une petite communauté anglo-normande habitant l’île de Guernesey durant l’année ayant suivi la fin de la Deuxième Guerre mondiale à travers l’échange de lettres entre le personnage principal, Miss Juliet Ashton, son éditeur, la sœur de ce dernier et les habitants de l’île qui forment ce curieux cercle littéraire qui a vu le jour de manière pour le moins spontanée, voire loufoque, afin d’échapper à un interdit allemand au moment de l’occupation de l’île. L’occupant avait alors banni tout rassemblement après certaines heures sous peine de sanctions sévères. Les insulaires, comme tant d’autres sur le continent, étaient soumis à un rationnement strict, notamment en ce qui concernait la consommation de viande. De telles situations sont toujours source d’inventivité, de surcroît lorsqu’il est question de survie. L’immolation secrète d’un cochon, dont on aura su soustraire l’animal au recensement animalier auquel les forces d’occupation se prêtaient, sera ici le déclencheur de réunions dont le motif premier avait permis d’échapper aux sanctions, mais qui peu à peu épouse sa véritable raison d’être : les insulaires, après s’être repus, découvrent qui Les lettres de Sénèque traduites du latin, qui la biographie d’un dénommé Charles Lamb, poète et essayiste anglais d’origine galloise du XIXe siècle, qui l’Anthologie Oxford de la poésie moderne, 1892-1935, dont la sélection de poèmes a été laissée aux soins d’un certain Yeats, précisera l’heureux élu qui aura à rendre compte de sa lecture aux autres membres du cercle.

Au fil des lettres qu’échangent les insulaires avec Juliet Ashton, prend forme le véritable motif romanesque. Cette dernière, après avoir produit des billets humoristiques pour un quotidien londonien durant la guerre, est à la recherche d’un sujet pour son prochain livre. Ayant appris que ses chroniques s’étaient retrouvées dans ce curieux cercle littéraire, elle veut en apprendre plus sur ces gens et sur la manière dont ils ont vécu les années de guerre. Il se dégage de ces échanges épistolaires un attachant portrait de l’entraide humaine en période de crise. N’était de l’humour, qui sauve ici la mise, l’étalage de bons sentiments porterait sans doute ombrage à l’éloge de la lecture qui se dégage de ce roman.

Publié le 20 mars 2010 à 17 h 50 | Mis à jour le 4 décembre 2014 à 19 h 32

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