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Benoît Melançon

LANGUE DE PUCK

ABÉCÉDAIRE DU HOCKEY

Del Busso, Montréal, 2014
127 pages
16,95 $

Le langage sportif est partout. Constamment réitéré dans les médias lors de multiples compétitions, il perce les autres domaines en raison de son côté imagé et familier, et des connotations positives qui lui sont associées. De la politique à la cuisine en passant par l’économie, la langue du sport est remâchée. Il existe ainsi un dictionnaire du vocabulaire du baseball qui contient plus de 5000 termes. Cet exemple souligne à quel point l’examen du vocabulaire sportif en révèle beaucoup sur une société, sur ses manières de dire le monde, sur ses formes d’acceptabilité. L’exercice auquel s’est prêté Benoît Melançon, l’auteur des Yeux de Maurice Richard – la grande étude culturelle sur la place du Rocket au Canada –, participe de cette logique, même si au départ l’entreprise, conçue pour son excellent blogue (L’oreille tendue), se voulait surtout ludique.

Langue de puck compile les expressions utilisées pour décrire l’action au hockey en prenant appui sur les retransmissions des matchs, les articles de journaux et des exemples littéraires ou artistiques (romans, poésie, chansons). Loin de se contenter d’une nomenclature stérile, qui alignerait les termes, Melançon s’emploie à organiser des réseaux de sens entre les expressions. Ce faisant, il met en évidence ce que les lieux communs du hockey doivent au discours social. Le langage de l’économie et de la gestion, en cette ère néolibérale, occupe une large place dans la description du jeu, tout comme la science et la communication. De la même manière que l’identification à des héros qui semblent proches permet aux partisans de compenser les écueils du quotidien, le langage du hockey valorise une mémoire identitaire qui tourne autour d’un passé magnifié (voir les entrées « crottin », « fantôme », « tatouage ») et il repousse la différence (l’énigmatique joueur russe à l’entrée « Kostitsyn »). L’abécédaire n’est certes pas exhaustif, tant il se renouvelle en regard des changements apportés au jeu, des emprunts linguistiques et des nouvelles lectures sociales qui régulent la manière de dire le hockey. Il a toutefois le mérite d’inscrire l’usage des termes dans un cadre historique, en plus de décrire avec juste assez d’humour comment le sport est ouvert au tohu-bohu qui l’entoure, alors même qu’il se prétend engagé dans une logique et une immunité qui lui seraient propres. Le travail stimulant de Melançon en appelle un autre, qui viserait alors à voir jusqu’à quel point le vocabulaire du hockey a pénétré dans le discours quotidien (et non sportif) au Québec.

Publié le 1 octobre 2014 à 13 h 36 | Mis à jour le 27 octobre 2014 à 11 h 47

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