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Paul-Yvon Charlebois, Sylvain Daignault

LA BRASSERIE DOW

1. L’ASCENSION

GID, Québec, 2018
254 pages
29,95 $

De nos jours, le nom « Dow » fait spontanément penser à un indice boursier new-yorkais ou au splendide planétarium montréalais ; mais durant un siècle au Québec, c’était une marque de bière très connue que l’on prononçait « [Dâ] », comme le mot russe pour dire « oui ».

Paul-Yvon Charlebois et Sylvain Daignault ont déjà fait paraître aux éditions GID l’excellente étude L’île Sainte-Hélène avant l’Expo 67 (2016). Leur nouveau livre raconte un morceau d’histoire de Montréal à l’époque coloniale à travers le parcours d’un commerçant écossais émigré au Canada autour de 1820 : William Dow (1800-1868), fils d’un brasseur. D’abord l’associé de James Dunn, le jeune Dow devient pleinement propriétaire en 1834 d’une entité qui portera son nom durant un siècle et demi. Sa distillerie le rendra millionnaire. Tout le livre présente les membres de cette dynastie montréalaise, dont certains ont été philanthropes. William Dow n’a pas eu de descendance directe, mais son frère Andrew a eu quatre enfants. En filigrane, on apprend beaucoup sur la vie quotidienne montréalaise au XIXesiècle, sur le logement, l’industrialisation, la pollution et le fait que le commerce de la bière était très prospère : il y avait « en moyenne une taverne ou épicerie vendant de l’alcool pour 45 familles ». Les brasseurs sont excessivement nombreux à cette époque où le jus de fruits embouteillé n’existait pas ; rien qu’à Montréal, on dénombrait « 500 débits clandestins ». Dans un référendum tenu en 1898, les Canadiens votent pour la prohibition de tous les alcools et vins. Mais en dépit de ce résultat pourtant probant, le premier ministre Wilfrid Laurier n’y donnera jamais suite et la prohibition en tant que telle n’aura pas lieu au Canada.

On peut apprécier dans cet ouvrage des fac-similés de documents rares, comme cette lettre de candidature datée de 1820, envoyée par William Dow à Moses Hart, brasseur établi à Trois-Rivières ; ce manuscrit en anglais est conservé aux archives du Séminaire de Trois-Rivières. Cependant, les sources ne sont pas systématiquement précisées dans ce livre qui contient trop peu de notes en bas de page. Et quelques erreurs subsistent ; il est faux par exemple de prétendre, comme on peut le lire au dernier chapitre, que l’Automobile Club of Canada est « mieux connu aujourd’hui sous le nom de Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) ».

Ce premier tome se termine au début du XXesiècle avec la création d’une association présidée par le nouveau dirigeant de la Brasserie Dow et visant à protéger les intérêts des marchands de vin et d’alcool – ainsi que des manufacturiers de cigares et de billards –, à une époque où des ligues de tempérance et le clergé tentaient de combattre l’alcoolisme et les lobbies liés à l’alcool. Bien plus tard, durant les années 1960, la Brasserie Dow fera la « une » des quotidiens du Québec, dans des circonstances tragiques. Mais n’anticipons pas ! Ce sera pour les prochains tomes.

Publié le 8 avril 2019 à 1 h 01 | Mis à jour le 7 avril 2019 à 15 h 46

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