Julie Mazzieri

LA BOSCO

Héliotrope, Montréal, 2017
122 pages
19,95 $

Au cours du XIXe siècle, certains écrivains dont Balzac, Eugène Sue et Maupassant, pour ne nommer qu’eux, s’adonnaient à cet art très fin du portrait par lequel ils tentaient de donner vie à des caractères précis. Ils s’inspiraient en cela de ce que l’on appelait alors la physiognomonie, cette pseudoscience qui se proposait de décrire la psychologie d’une personne sur la base de ses qualités physiques. Avec La Bosco, court et brillant roman traitant de mort, de misère et d’avarice, Julie Mazzieri se pose en héritière contemporaine de cette école esthétique.

Écoutons d’ailleurs, sans plus tarder, la lauréate méconnue du Prix du Gouverneur général de 2009 nous parler du pauvre fils Bosco, et de toute la gaucherie dont il a hérité, par la seule évocation de son appendice nasal : « C’était un nez sans caractère, croyait-il, trop gentil, poltron même – un nez de farces et attrapes – alors qu’il lui fallait un nez bien droit, […] une proue impériale. […] Même en fermant les yeux, Charles Bosco pouvait sentir son relief s’élever grossièrement au milieu de son visage ». Informe et quelconque : tel est le nez, tel est Bosco lui-même.

Malgré tout, ce bon Charles est peut-être le plus normal du clan Bosco. Son entourage familial, que l’on découvre peu à peu lors du convoyage funèbre de la mère, la Bosco du titre, vers le village de Chester, se révèle dans toute la splendeur de comportements odieux. Le père Bosco le premier, radin parmi les radins, qui se refuse à payer les porteurs de tombe et les fleurs pour sa femme, sous le prétexte du manque d’argent ; la sœur, ensuite, vulgaire et pocharde ; la défunte, enfin, jadis un peu folle, tricheuse et hystérique. Bien entendu, chacune de ces personnalités et d’autres encore feront l’objet d’un portrait sur mesure, chaque fois détaillé avec maestria.

Le cortège traversera dans l’indifférence une suite de municipalités, jusqu’à ce qu’il s’arrête dans cette auberge de nulle part où sera improvisée une dernière cène baroque, un festin grotesque qui secouera les cœurs les mieux accrochés. Crasse, boue, graisse : rien ne reluit au cours de cette triste procession où les sagaces physionomies se font aussi rares que les bons sentiments, hormis la prose droite et exigeante de l’écrivaine. Car si l’écriture de Mazzieri avait elle-même un visage, ce serait celui d’une femme aux traits délicats, affichant toute la grâce des esprits fins.

Publié le 13 janvier 2018 à 12 h 00 | Mis à jour le 11 janvier 2018 à 14 h 58

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