Raphael Montes

JOURS PARFAITS

Trad. du portugais par François Rosso
Hurtubise, Montréal, 2015
268 pages
26,95 $

Grâce au cinéma, rapt et séquestration évoquent spontanément dans la pensée la cupidité, la rançon, l’écoute téléphonique, les menaces des ravisseurs, l’intervention des négociateurs, et quoi encore ? Raphael Montes renouvelle certaines de ces perspectives lorsqu’il raconte l’enlèvement de Clarice par Téo, un jeune homme que la jeune fille a séduit sans le vouloir. Montes laisse cependant en place les autres caractéristiques du rapt, puisque Clarice résiste à son ravisseur et n’aspire qu’à le fuir.

Bon planificateur, l’auteur dote d’emblée Téo des habiletés dont il aura besoin tout à l’heure. Étudiant en médecine, il apprécie particulièrement la dissection et retrouve toujours avec plaisir la dépouille de Gertrudes, une vieille femme à l’épiderme parcheminé et familier du bistouri explorateur. Le portrait de Clarice est plus flou au départ, mais elle aura tôt fait de dissiper les zones d’ombre. Montes la montre en action : elle fréquente un musicien, bamboche avec des copines, embrasse goulûment l’une d’entre elles et s’endort dans un coin d’ombre pour cuver son vin. Ce qui manque encore à sa silhouette, elle l’ajoutera en flots pressés : elle fume, boit, baise, travaille sur un scénario qu’elle entend compléter en s’isolant quelque temps. Quand Téo prétend modifier cet agenda, elle explose : « Va te faire foutre, Téo ! J’ai essayé d’être compréhensive, mais ça ne sert à rien ! Tu vas me lâcher, à la fin ? Si tu as des problèmes avec les femmes, trouve-toi une pute et débrouille-toi avec elle ! » Le climat est défini et ne variera plus : d’un côté, l’entêtement de Téo qui menotte Clarice pour l’attendrir ; de l’autre, Clarice qui, tout en poussant Téo vers l’illusion, ne songe qu’à recouvrer la liberté. Vieille impasse : la force irrésistible contre la résistance infranchissable.

Sans jamais déroger à l’abrupt de cet affrontement, Montes alterne efficacement les crises et les apaisements. À peine Téo a-t-il cru entrevoir un fléchissement que Clarice réaffirme son autonomie. Puis, ondoyante, Clarice fait mine de s’attendrir et Téo s’emballe encore… pour rien. L’évolution dépend des proches qui, à la périphérie, s’inquiètent du silence de Clarice. Peu à peu, les pressions de l’extérieur s’alourdissent, les confrontations s’en trouvent survoltées, et le sang coule.

Montes réussit alors l’improbable : répondant au besoin de Téo qui « aime les fins ouvertes », il fait soudain intervenir l’accident, l’assaut de l’amnésie sur les griefs et ce qui ressemble à la coexistence. Inattendu et donc satisfaisant.

Publié le 8 février 2016 à 19 h 05 | Mis à jour le 9 février 2016 à 10 h 32

Partage :
Share Button