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Laurent Laplante

JE N’ENTENDS PLUS QUE TON SILENCE

JCL, Chicoutimi, 2005
168 pages
17,95 $

« Combien de temps avant que frappe la fin annoncée ? Après une réponse évasive qui se voulait sans doute compatissante [ ] le médecin a laissé tomber : ‘Sûrement moins d’un an. Pensez en termes de mois’. À son ton, le nombre de mois n’épuisera pas une main ». Le décor est ainsi campé dès la deuxième page, avec son constat froid comme l’acier. Julie va mourir. Julie, c’est une femme aimée de son mari. Mais une femme qui n’est plus vraiment là depuis qu’un accident de la route l’a plongée dans un coma irréversible. À ses côtés, le ténébreux Jean-Philippe, qui guette le plus infime signe de retour à la vie de sa compagne, mais qui est fermement opposé au meurtre par compassion. Car c’est de cela qu’il s’agit, Jean-Philippe s’en souvient en se remémorant les discussions qu’il a eues avec Julie, naguère si pleine de vie : elle lui avait fait promettre de ne pas la laisser dans un état végétatif, de mettre fin à ses jours plutôt que de l’abandonner à une dépendance qu’elle jugeait dégradante. Mais quelle valeur a donc aujourd’hui ce serment tout spéculatif fait à l’heure des rires et de la vie commune ? Le suicide – ou le meurtre – assisté (la terminologie elle-même est hésitante), comme ultime gage d’un amour absolu ? C’est là l’insoutenable dilemme auquel est confronté Jean-Philippe, obsédé de n’entendre plus que son silence.

Laurent Laplante, dans un style d’une élégante sobriété et d’une éminente sensibilité, tout à la fois lucide et poétique, nous fait le récit d’un amour hors du commun, un amour de trente ans, qui lie encore et plus que jamais Jean-Philippe à Julie, malgré l’imminence et l’inexorabilité de l’issue. Les jours s’égrènent qui semblent donc nous mener irrémédiablement vers une fin annoncée. « Le lundi 12 février 2001. Julie est là. J’écris à trois pas d’elle. Comme si cela allait de soi, comme s’il y avait là-dedans la moindre rationalité, je nous soumets tous deux à l’horaire qui était autrefois le nôtre. » Du mardi 23 janvier au samedi 17 février 2001 : vingt-cinq jours d’un journal dans lequel Jean-Philippe consigne des souvenirs, ses errances et les affres de son impitoyable alternative.

Signalons enfin aux nombreux inconditionnels de la plume de Laurent Laplante qu’il a déjà publié en 2004 aux éditions JCL un roman policier, intitulé Les mortes du Blavet.

Publié le 1 juin 2005 à 11 h 52 | Mis à jour le 18 janvier 2015 à 16 h 03

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