Matthieu Simard

ICI, AILLEURS

Alto, Québec, 2017
128 pages
20,95 $

« Dans quelques mois nous mourrons et le jour de notre décès sera le plus beau de notre vie. D’ici là, nous survivrons, le temps que durent nos secrets.»

Ici, ailleurs, nouveau roman de Matthieu Simard, nous propose une rencontre avec l’oubli, le vide, l’abandon et autant de tendresse et d’amour.

Le récit se déroule sur un très court laps de temps, dans un village qui se meurt, ne comptant qu’une dizaine d’habitants, résistants ou résilientspour la plupart. On y fait la rencontre depersonnagestous aussi mystérieux que le village. Le parc sans enfants, la maison du vieux, l’antenne, le restaurant sans serveuses sexy et l’épicerie sans vivres nous rappellentconstamment ce climat étrange. Le village semble maudit, nul ne devrait y rester et encore moins s’y installer.

C’est dans ce décor abandonné que Marie et Simon se relaierontla narration, s’adressant à nous, lecteurs, nous donnant l’impression de partager leur fuite, de comprendre ce qui les poussera à poser l’acte, geste irréversible, délivrance éternelle. Matthieu Simard n’en dira pas trop, juste le nécessaire, assez pour que, comme les protagonistes de ce récit poétique, nous vivions une détresse douce avec un étonnant sourire, une inquiétante capacité d’acceptation, y voyant même une certaine dose d’humour.

Dans ce roman où il ne semble rien se passer, ou tout semble être déjà arrivé, nous entrevoyons petit à petit les secrets et surtout les blessuresqui unissent les personnages. Plus le passé des uns se dévoile, plus le lecteur est tenuen haleine, incapable de refermer le livre, comme un voyeur qui prendplaisir à découvrir la souffrance des autres, qui veut en savoir davantage.

Alors que tous paraissent vivre un deuil unique, plus important que celui du voisin, Matthieu Simard nous rappelle habilement la fragilité des êtres, dans les petits comme dans les grandsmalheurs.

Si nous entrons dans ce livre sans vraiment savoir où nous sommes, nous ne le refermons sans vraiment savoir ce qui vient de se passer. Peut-être, comme moi, vous aurezaussi envie que le tourment humain seprolonge, parce que malgré tout, on voudrait rester plus longtemps dans ce décor de grand vide, où chaque survivant a sa propre histoire dramatique… comme si la magie des mots, la plume de l’auteur, était plus forte que la tristesse qui devrait nous happer.

Publié le 13 janvier 2018 à 12 h 30 | Mis à jour le 12 janvier 2018 à 13 h 17

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