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Bernard Maris

HOUELLEBECQ ÉCONOMISTE

Flammarion, Paris, 2014
153 pages
26,95 $

N’eussent été les attentats perpétrés dans les bureaux de Charlie Hebdo, nous aurions été très peu, au Québec, à avoir entendu parler de Bernard Maris, économiste et journaliste mort aux côtés des caricaturistes qui ont osé dessiner Mahomet. Qui sait si, ayant vécu plus longtemps, il aurait vu les échos de sa pensée traverser l’océan et atteindre, de notre côté, un public relativement large… Car ses critiques du monde économique, bien qu’il n’ait pas été le seul à les formuler, seront séduisantes pour les esprits les plus terre à terre : elles proviennent d’une personnalité issue du domaine qui est ici disséqué et remis en question. Docteur en sciences économiques, auteur de nombreux essais, Maris cite, dans son dernier livre, des théoriciens comme John Maynard Keynes qui, dans l’un de ses ouvrages, se permet « d’espérer et de croire que le jour n’est pas éloigné où le Problème Économique sera refoulé à la place qui lui revient : à l’arrière-plan ».

Outre les articles signés « Oncle Bernard » dans Charlie Hebdo, l’essai intitulé Houellebecq économiste relativise, et même discrédite la place que l’on accorde à l’économie, une « pseudo-science », et à ses représentants, membres « d’une secte qui rabâche un discours hermétique et fumeux ». En ce qui concerne le rôle de Houellebecq dans cette éloquente démonstration qui rend hommage à la littérature, il fournit les exemples et les illustrations des théories de Keynes, Malthus, Schumpeter et Marx. Ce faisant, Maris met en valeur la perspicacité et les qualités de sociologue de Houellebecq, qui met en scène, dans l’ensemble de ses textes précédant Soumission, l’individualisme radical régnant dans une « société mourant de l’économie », un « monde sans lien », délité, dont les composantes sont réduites en particules élémentaires, et où triomphe, dès Extension du domaine de la lutte, la loi du plus fort. Un monde qui n’est pas vraiment une illustration de la théorie de Darwin, « lequel insistait sur les facultés coopératives de l’espèce humaine, à l’origine de la domination de celle-ci sur les autres espèces ».

Houellebecq économiste dénonce l’économie comme idéologie et, à ce titre, l’essai offre une excellente grille d’interprétation de l’œuvre analysée. Dans un monde où domine la vision des comptables et des banquiers illettrés, ce livre, en plus de poser des questions philosophiques, a aussi comme mérite de montrer les vertus éclairantes de la littérature, en faisant allusion à d’autres œuvres comme celle de Balzac. À lire absolument.

Publié le 13 mai 2015 à 19 h 32 | Mis à jour le 14 mai 2015 à 8 h 19

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