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Jacqueline Blay

HISTOIRE DU MANITOBA FRANÇAIS

3, DE GABRIELLE ROY À DANIEL LAVOIE (1916-1968)

Des Plaines, Saint-Boniface, 2016
455 pages
29,95 $

 

Après avoir écrit Histoire du Manitoba français, Sous le ciel de la Prairie, des débuts jusqu’à 1870 et sa suite Le temps des outrages (1870-1916), Jacqueline Blay poursuit son récit épique sur ces francophones de l’Ouest canadien si souvent oubliés, abusés par les promesses de bilinguisme dans la Confédération canadienne de 1867, trahis par leurs gouvernements, brimés dans leurs droits linguistiques, déclassés par les Canadiens anglais et persécutés dans leurs écoles par des inspecteurs chargés par l’État de s’assurer qu’aucun enseignement ne soit offert en français. Cette lutte constante contre une anglicisation planifiée et forcée a été peu racontée et pourtant « le Manitoba a été bilingue, depuis sa fondation en 1870 jusqu’en 1890 ». Par la suite, une vague de lois allait restreindre les droits linguistiques des Canadiens français, ce qui mènera à leur assimilation rapide dans l’Ouest canadien.

Ce troisième tome débute durant la Première Guerre mondiale, lorsque des conscrits sont enrôlés pour défendre la Couronne d’Angleterre : « Le soldat francophone du Manitoba se retrouve sous le drapeau britannique, alors que son système scolaire vient de subir un coup presque mortel ». L’histoire des deux tomes précédents est brièvement rappelée, soulignant le fait qu’à l’origine, les francophones constituaient le groupe linguistique le plus important de cette nouvelle province : « [E]n 1870, tous les espoirs sont permis : la colonie de la rivière Rouge, devenue le Manitoba, compte six mille habitants de langue anglaise et six mille personnes de langue française, représentant une légère majorité ». En traversant ce siècle du point de vue manitobain, on rencontre une foule de militants œuvrant pour maintenir le fait français et on comprend le rôle déterminant d’une éducation dans sa langue maternelle. Le parcours de Gabrielle Roy, née à Saint-Boniface, « éduquée en cachette en français », est emblématique de plusieurs générations de Franco-Manitobains moins connus ayant subi le même sort. L’avènement de la Loi sur les langues officielles en 1968 ralentit l’assimilation, mais rien n’inversera ce qui a été perdu durant un siècle : même le nom de Saint-Boniface a été rayé de la carte à la suite de la fusion de la ville avec Winnipeg en 1972.

C’est la première fois qu’on raconte exhaustivement l’histoire des Franco-Manitobains sous forme de livre, et celui-ci est magistral. Par ailleurs, la documentation est très riche : des centaines d’articles de journaux d’époque sont cités. Fait unique, les tomes 1 et 2 de cette Histoire du Manitoba français ont reçu le prix Champlain, remis par deux jurys différents en 2011 puis en 2014.

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Publié le 1 octobre 2016 à 14 h 30 | Mis à jour le 12 octobre 2016 à 15 h 50

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