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Olivier Turbide, Diane Vincent

FRÉQUENCES LIMITES

LA RADIO DE CONFRONTATION AU QUÉBEC

Nota bene, Québec, 2004
207 pages
13,95 $

Comme l’horoscope que l’on lit sans trop y croire mais que l’on médite durant la journée, les lignes ouvertes à la radio sont écoutées par beaucoup de gens sans que ceux-ci n’y accordent une trop grande crédibilité. Les animateurs démagogues qui s’y adonnent ne s’encombrent pas de nuances et s’inventent tour à tour des personnages de justicier, de bouffon, de mécréant. Cette radio prétend donner la parole à ceux qui ne l’ont pas, mais contribue en fait à façonner une vision du monde réductrice, chargée de préjugés, en véhiculant des raisonnements basés sur la rumeur, des généralisations abusives, des arguments spécieux, voire diffamatoires. Nous sommes ici à l’opposé d’une saine éducation à la citoyenneté.

Les dix articles de Fréquences limites réussissent à cerner l’univers référentiel et symbolique de certains de ces animateurs de la radio québécoise, à partir de leur conception du monde, de leurs valeurs, de leur manichéisme tranchant. On saisit les figures de style, l’efficacité des stéréotypes, les raccourcis employés pour se légitimer, les stratégies pour disqualifier tel point de vue qui contredirait leur discours. Le cadre théorique emprunte entre autres aux sociologues Erving Goffman et Raymond Boudon.

À partir d’une analyse de discours faite sur des enregistrements de ces émissions populaires, les auteurs parviennent à dégager certaines constantes dans l’ensemble des représentations confuses et souvent incohérentes, qui fabrique néanmoins une partie de l’opinion publique. Le gouvernement, les fonctionnaires, le clergé constituent évidemment des cibles constantes. L’indignation sert de moteur privilégié. La conclusion de chaque émission se résume à un constat d’impuissance face à une ignoble machine qui mélangerait la corruption et l’incompétence, sous le couvert du secret. « On nous cache tout ; on nous dit rien », comme le disait la chanson de Jacques Dutronc.

J’estime que la fréquentation de ce type d’émission alimente la démotivation, voire l’anomie ; certains en viennent à se demander ce qu’ils peuvent encore faire devant un monde sans issu. Le livre Fréquences limites révèle l’ampleur de ce phénomène.

Publié le 5 octobre 2004 à 15 h 08 | Mis à jour le 4 novembre 2014 à 10 h 58

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