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Serge Bilé

ESCLAVE ET BOURREAU

L’HISTOIRE INCROYABLE DE MATHIEU LÉVEILLÉ, ESCLAVE DE LA MARTINIQUE DEVENU BOURREAU EN NOUVELLE-FRANCE

Septentrion, Québec, 2015
167 pages
18,95 $

En 1732, Mathieu Léveillé était esclave en Martinique. Nul ne sait s’il est né esclave sur cette île ou s’il y a été amené par des négriers. Ce qui est certain, c’est qu’il supportait très mal son sort. Les coups et la cruauté de son maître ainsi que les conditions de travail inhumaines qu’on lui imposait l’ont conduit à s’enfuir à plusieurs reprises. Chaque fois il était repris, accusé de marronnage – on qualifiait alors de « marron » un esclave en fuite – et puni. Son corps était sans doute couvert de marques de coups de fouet alors que, le 1er janvier 1733, il croupissait dans un cachot sordide de Fort-Royal, en attendant de savoir comment il serait puni pour sa dernière évasion. Il savait bien qu’il risquait la peine de mort, mais préférait sans doute subir ce supplice plutôt que de demeurer en servitude. Or, il ne pouvait se douter que, plusieurs milliers de kilomètres au nord, dans une contrée qui faisait partie, comme la Martinique, de l’Empire français, un nouveau bourreau était désespérément recherché. Alors, comme cela se produisait à l’occasion dans de telles circonstances, Mathieu Léveillé se vit placer devant un choix difficile : devenir bourreau en Nouvelle-France ou être pendu. Il choisit la vie. Et se retrouva bientôt sur un navire en direction de son nouveau pays et de ses nouvelles fonctions. Bien sûr, Léveillé ne put que subir un choc lorsqu’il découvrit à quel point ses conditions de vie seraient dorénavant différentes de ce qu’il avait connu jusque-là. Ironiquement, la première personne qu’il fut contraint d’exécuter était une femme de race noire, elle aussi esclave. Elle s’appelait Marie-Josèphe-Angélique et elle avait été trouvée coupable d’avoir mis le feu à la maison de sa maîtresse, feu qui s’était propagé à plusieurs autres bâtiments de Montréal. Par la suite, le nouveau « maître des hautes œuvres » de Nouvelle-France éprouva beaucoup de difficulté à s’acclimater à sa nouvelle vie… Serge Bilé présente, dans son captivant récit romancé, un aspect méconnu de l’histoire coloniale française.

Publié le 9 février 2016 à 16 h 05 | Mis à jour le 16 février 2016 à 11 h 58

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