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DU BON USAGE DES CATASTROPHES

Régis Debray

DU BON USAGE DES CATASTROPHES

Gallimard, Paris, 2011
108 pages
12,95 $

Archives d’entrevue. 25 décembre 1969. Régis Debray avait suivi le Che en Bolivie ; l’y voilà incarcéré. Même loin de la France et dans les conditions inquiétantes d’une prison bolivienne, il fait preuve d’humour, d’humilité, de détermination. Pas moyen d’en apprendre sur sa douleur : inquiétez-vous plutôt du sort des autres, insiste-t-il. Toujours, la dignité, le regard perçant. C’est dire qu’en matière de catastrophe, il a droit de parole. Debray en a vu d’autres.

Près de quatre décennies plus tard – années de liberté et d’écriture, marquées par des missions internationales sous Mitterrand, la fondation des Cahiers de médiologie et la présidence à l’Institut européen en sciences des religions, entre autres accomplissements –, le voilà qui publie Du bon usage des catastrophes, un petit livre à valeur à la fois intemporelle et on ne peut plus actuelle. Sorte de savoureuse annexe à une œuvre plus grande et résolument humaniste, incitatif efficace pour s’éduquer à la pensée critique.

« Comment vivre et penser dans nos sociétés du risque ? Comment, au milieu des décombres, surmonter tristesse, fatalisme et désespoir ? » Comment expliquer notre fascination (le mot est faible) à l’égard des catastrophes ? Les Japonais, par exemple, n’ont-ils pas réagi plus sereinement à leurs tourments (le mot chancelle) que nous, témoins distants ? Plutôt que tout expliquer par de banals traits culturels, Debray propose de relire l’histoire des religions : on pourra voir que l’Occident reste en quelque sorte marqué au fer chaud par le message et la symbolique apocalyptiques.

Est mise en échec aussi la façon dont les opportunistes présentent l’actualité. La peur, ça marche tout le temps. C’est comme le désir, tiens. Et ceux qui jacassent ont tout à gagner : « […] quiconque communique à un public encore mal informé une nouvelle importante devient lui-même quelqu’un d’important ». Mais par-delà l’émotion, réapprenons les rouages du prophétisme et voyons comment « chez les inspirés inspirants, une légère ébriété intellectuelle est la bienvenue ».

Qui prophétise constamment des problèmes a forcément un jour raison. Mais nous, simples mortels terrassés par l’actualité, serions beaucoup plus sereins si nous connaissions mieux l’histoire. Lisez Debray ; vous admettrez que cette idée est loin d’être aussi naïve qu’elle en a l’air.

Publié le 28 mars 2014 à 14 h 48 | Mis à jour le 23 avril 2015 à 10 h 59

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