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Collectif

LE DÉBAT No 200

Gallimard, Paris, 2018
208 pages
41,95 $

Beaucoup de chroniqueurs montréalais s’extasient régulièrement devant le dernier numéro du Time, du New Yorker ou d’autres magazines américains ; ils devraient plutôt fréquenter d’authentiques revues de fond comme Le Débat.

 

Le Débat a célébré en 2018 son 200e numéro, et nous ne pouvions que saluer cette excellente revue d’idées, résolument inscrite dans la longue tradition française de la Revue des deux mondes, Esprit, Études ou encore Les Temps modernes ; ces périodiques humanistes demeurent « les vrais incubateurs des grandes réalisations intellectuelles, le laboratoire des grandes idées qui ont agité l’époque », comme l’évoque en ouverture le directeur et fondateur du Débat, Pierre Nora. Ce numéro anniversaire est particulièrement riche et comme toujours d’une grande pertinence, et pas seulement pour la France, puisque ses articles abordent, tour à tour, des sujets complexes comme les fake news, une nouvelle masculinité, le mouvement #MoiAussi et le rôle des intellectuels. Mais surtout, Le Débat se distingue des autres revues généralistes par la qualité de ses analyses et de l’approfondissement – ce qui ne limite en rien sa clarté et sa concision.

Les articles de ce numéro sont d’une indéniable utilité. En outre, Denis Ramond et Charles Coustille s’interrogent sur le déclin et la dilution de la culture générale ; à force de vouloir tout inclure dans la notion de culture générale, y compris ce qui ne devrait pas en faire partie (par exemple le sport professionnel, la musique commerciale, l’univers télévisuel ou la culture de masse venue des États-Unis), on finit par négliger l’essentiel et légitimer le futile. En posant cette question : « Pourquoi déteste-t-on tant les journalistes ? », le politicologue Alain Duhamel n’hésite pas à affirmer que « les journalistes, naturellement, portent une part de responsabilité dans cette évolution » ; il avance que beaucoup de professionnels plus élitistes ont sacrifié leur mission première d’établissement des faits pour succomber à la tentation éditoriale et au journalisme d’opinion en imitant le style du chroniqueur. Duhamel dénonce les journalistes qui « sont devenus, malgré eux, les complices de l’édification d’une démocratie d’opinion », laissant ainsi l’impression d’une élite journalistique dictant au lecteur la ligne à suivre. Avec lucidité, Jacques Julliard réaffirme son engagement d’historien et condamne avec véhémence « cet enrôlement de l’histoire au service des passions contemporaines ou de la politique des États ». Dans la dernière moitié, le rédacteur Marcel Gauchet chapeaute un dossier étoffé consacré aux mutations de la masculinité, à « La fin de la domination masculine » et aux nouvelles formes de paternité. Sur un terrain délicat, Gilles Lipovetsky s’interroge sur « L’effet harcèlement sexuel », le retour du puritanisme et l’avenir de la séduction.

C’est un réel bonheur que de lire des textes inspirants aussi bien écrits et qui vont au fond des choses. Certains auteurs nous amènent parfois à reconsidérer nos certitudes, ce qui est le propre d’un débat intelligent. Au Québec, on trouvera ce numéro en librairie (et non dans les kiosques à journaux) ou en version électronique ; on pourra aussi s’abonner à la revue.

Publié le 21 décembre 2018 à 16 h 22 | Mis à jour le 21 décembre 2018 à 16 h 54

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