Monica Bolduc

DEAD END

Perce-Neige, Moncton, 2017
85 pages
15 $

Une allumette qui s’éteint lentement en dégageant une fumée âcre et noire.

Cette image illustre la page couverture du premier recueil de Monica Bolduc ; sur fond rouge, un Dead end en lettres blanches tracées à la façon d’une affiche de film western. Ce dead end est celui de la relation amoureuse de la poète avec un homme dont on saura peu si ce n’est que la communication est pour le moins difficile : « [T]oi / tu comprendrais pas / mes poèmes ». Et pourtant c’est à lui que s’adresse le recueil : « Dead end / je tourne en rond / tu t’éloignes ».

Divisé en quatre suites numérotées précédées d’un texte liminaire, le livre se termine par un long poème, «Tu vas être belle », dans lequel Bolduc dénonce sarcastiquement les valeurs imposées aux femmes. Les poèmes semblent raconter une relation passée qui a conduit la poète au bord du suicide, comme le suggère le poème liminaire, « Pyromane ». Elle y allume une allumette, envisage de « brûler vive » et de « penser / qu’[elle] pourrai[t] mettre fin à [s]a vie », mais elle choisit de souffler l’allumette : « maybe next time ». Les autres sections se construisent à partir et autour de cette relation, un peu comme un récit : la relation est difficile et se défait (1), la poète est déprimée (2), ce qui la conduit à l’hôpital (3). Une lente convalescence tend à lui redonner le goût de vivre (4). « Tu vas être belle (the twisted code of women) » est comme une claque qu’elle se donne pour ne plus jamais suivre ce qu’on a cherché à lui inculquer : elle sera elle, qu’elle définira dans sa vie et sans doute dans un prochain recueil. Un texte coup de poing qui rassemble en cinq pages les « caractéristiques » de la femme-objet que Bolduc livre en une succession d’impératifs comme autant de commandements et qui se termine par un grinçant « mais surtout sois toi-même ».

Bolduc est une jeune comédienne et on sent qu’elle a écrit ces textes avec l’idée de les interpréter. Chaque poème se construit autour d’une anecdote ou d’une situation qui lui permet d’exprimer une émotion, une réflexion ou un commentaire. Par instants, on a l’impression qu’elle dialogue avec son amoureux, ne retenant que ses propres répliques. Cette dynamique crée le rythme des textes et justifie son choix d’un niveau de langue proche de l’oralité. Il y a là une vivacité qu’appuient parfois des touches d’humour (noir) dans la prise de parole qui atténue (sans doute volontairement) le caractère dramatique de certains poèmes.

Publié le 13 janvier 2018 à 12 h 35 | Mis à jour le 10 janvier 2018 à 12 h 59

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