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Mark Kingwell

DE LA PÊCHE À LA TRUITE

ET AUTRES CONSIDÉRATIONS PHILOSOPHIQUES

Trad. de l’anglais par Sophie Cardinal-Corriveau
XYZ, Montréal, 2016
330 pages
29,95 $

Le lecteur n’a pas encore ouvert le volume qu’il se heurte à une contradiction. D’un côté, le titre du bouquin signale l’intention de l’auteur : traiter « de la pêche à la truite » ; de l’autre, l’éventuel lecteur se fait dire ceci, en deuxième de couverture : « La première chose à savoir, et la plus importante : ce livre ne porte pas sur la pêche ». En prime, le sous-titre opacifie les équivoques : Et autres considérations philosophiques.

Le contact avec le livre lui-même tarde à dégager la vérité. Les pages se succèdent, accessibles et moqueuses, souriantes et gavroches, sans dissiper l’ambiguïté. Peut-être, après tout, ce réel plaisir peut-il suffire au lecteur. La vie familiale présente ses mâles de deux générations. Ils occupent la scène, multipliant les taquineries et se caractérisant l’un l’autre avec drôlerie et verdeur. Des rituels bien ancrés interviennent, dont le narrateur se moque sans s’y soustraire : il prétend détester la pêche à la truite et le golf (pour cause de bêtise), mais il brandira aussi bien (ou mal) la canne à pêche que le fer ou le bois numéroté. Des réflexions philosophiques promises par le sous-titre, on attend longtemps l’émergence ; elles n’affleureront que tardivement et en peu de pages.

Que disent ces réflexions philosophiques ? Que « l’ennui est le point de départ de la philosophie ». « Qu’une philosophie de la procrastination réclame d’être écrite. » Que l’homme qui pêche n’est pas un animal social, mais qu’il doit le devenir : « […] il s’agit, pourrions-nous dire, de la dialectique de base entre solitude et société, à partir de laquelle se déclinent toutes les autres : beauté et utilité, réflexion et action, coopération et compétition ». Tout juste évoqué, le projet demeure en plan et l’auteur consacre ses deux derniers chapitres (inédits) à prouver, sans réflexion philosophique, que ses récentes années ont fait de lui un pêcheur compétent et présomptueux.

La déception est d’autant plus vive que le bouquin avoue, en quatrième de couverture, s’inspirer d’un fabuleux prédécesseur : Traité du zen et de l’entretien des motocyclettes (Robert M. Pirsig, Seuil, 1978). Pirsig n’insistait pas sur le zen, mais son héros trouvait la paix de l’âme ; celui de Kingwell pêche.

Publié le 3 avril 2017 à 11 h 02 | Mis à jour le 3 avril 2017 à 11 h 02

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