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Karin Schwerdtner

LE (BEAU) RISQUE D’ÉCRIRE

ENTRETIENS LITTÉRAIRES

Nota bene, Montréal, 2018
236 pages
24,95 $

Karin Schwerdtner, professeure au Département d’études françaises à l’Université Western Ontario, propose une compilation de douze entretiens réalisés avec des écrivaines francophones, d’Annie Ernaux à Camille Laurens en passant par Leïla Sebbar. Ces entretiens portent sur la question du risque en littérature. Assez spécialisé, l’ouvrage intéressera surtout ceux et celles qui connaissent bien le travail des auteures interrogées, d’autant que l’appareil d’accompagnement est minimal (un avant-propos de deux pages et de brefs textes présentant chaque écrivaine).

Il s’agit d’ailleurs d’un bémol important. Bien que le thème du risque soit pertinent et que ces écrivaines aient de nombreuses idées à mettre de l’avant, les entretiens sont trop peu mis en contexte ou en relation. Cela complique la tâche du lecteur qui souhaiterait mieux décoder les enjeux ou les tensions soulevés par les thèmes abordés, que ce soit le risque lui-même ou encore la question de la spécificité (ou non) de l’écriture des femmes.

Placés devant les discours maîtrisés de chacune de ces auteures, nous sommes tentés de leur donner raison chaque fois, sans toujours entendre que certaines d’entre elles expriment des idées divergentes. Dans les deux premiers entretiens, par exemple, il m’a semblé que Chantal Chawaf tenait des propos qui sont très éloignés de la perspective d’Annie Ernaux. Par exemple, quand Chawaf évoque le lien entre la création et la maternité, elle affirme : « Cette maternité à laquelle mon écriture s’éclaire au respect de la femme, à sa fécondité biologique symbolisée, symbolique et spiritualisée ». Jamais la maternité ne semble perçue ainsi chez Ernaux et lorsqu’il en est question dans son entretien, elle est davantage posée comme une donnée sociologique que comme un ferment créatif.

Il ne s’agit évidemment pas de vouloir créer du débat dans un projet qui relève plutôt de la mise en valeur de la réflexion, mais la lecture non spécialisée aurait sans doute été facilitée par une problématisation un peu plus développée. Ce bémol n’empêchera pas les passionnés de trouver dans cette série d’entretiens de quoi nourrir leurs recherches et leurs envies de (re)lire. L’ouvrage pourrait même permettre quelques découvertes puisque certaines des invitées de Karin Schwerdtner sont très peu connues au Québec et au Canada.

 

 

Publié le 25 octobre 2018 à 16 h 34 | Mis à jour le 20 décembre 2018 à 17 h 42

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