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Avant de disparaître

Xabi Molia

AVANT DE DISPARAÎTRE

Seuil, Paris, 2011
312 pages
35,95 $

Voir, par la fenêtre de la fiction, notre monde et ses symboles s’effondrer est devenu un plaisir coupable que partagent de plus en plus gens, lecteurs et cinéphiles. Est-ce que leurs macabres attentes seront comblées avec ce livre de Xabi Molia, Avant de disparaître ? Oui et non. Si, en effet, on a droit à un récit dans la plus pure tradition du genre post-apocalyptique, avec grande ville déchue – Paris –, décombres, maladies, êtres désespérés, perte de sens due à l’absence d’avenir, si la peinture de la ruine suscite en général un réel plaisir, elle n’a pas ces accents de vérité qui ont fait de I am Legend de Richard Matheson ou de The Road de Cormac McCarthy des classiques du genre.

Voilà l’histoire d’un homme sans véritable envergure piégé dans une très mauvaise blague de Dieu. Quelque chose de beaucoup plus grand que lui qui finit par l’aspirer complètement. Avant de disparaître met en scène un médecin parisien travaillant au service de détection d’une horrible maladie qui transforme les humains en bêtes violentes et sanguinaires. Une partie de la ville en est encerclée ; des catacombes surgit parfois l’un de ces êtres griffus que l’on s’empresse d’abattre. Mais on continue d’aller au théâtre, de parler littérature, politique, de tomber amoureux, en somme de faire comme si. Le médecin y réussissait presque jusqu’au jour où disparaît mystérieusement sa femme. À partir de cet instant, il semble que tout commence à aller de travers pour lui, et dans le monde, où la maladie et le pessimisme gagnent du terrain.

Avant de disparaître puise dans nos pires angoisses – solitude, mort, souffrance – pour dépeindre un cauchemar devenu réalité. Fable sur le devenir humain en regard de celui de la Terre, le roman est aussi procès d’une société occidentale devenue décadente. Les parallèles ne manquent d’ailleurs pas avec les dérives politiques et sociales des dernières années en France : corruptions des élus, extrémismes, persécution des sans-papiers, exclusion… Que cet aspect soit parfois souligné à gros traits – vous voyez, nous sommes les seuls coupables de cette hécatombe ! – guide peut-être un peu trop la lecture. N’empêche, l’auteur a le don du portrait, et les paysages de la fin sont fabuleusement sinistres.

Publié le 28 mars 2014 à 14 h 45 | Mis à jour le 23 avril 2015 à 10 h 58

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