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Corinne Atlan

UN AUTOMNE À KYÔTO

Albin Michel, Paris, 2018
295 pages
26,95 $

C’est après s’être imprégnée pendant des années du Japon, de sa langue et de sa culture, que l’écrivaine française Corinne Atlan s’est autorisée à traduire poètes, romanciers et dramaturges japonais parmi les plus grands. Également romancière, elle a été lauréate en 2003, grâce au Monastère de l’aube, d’une résidence d’artiste à Kyôto, sa ville d’adoption depuis quarante ans.

Dans Un automne à Kyôto,l’auteure à la fibre japonaise manifeste une connaissance intime de cette ancienne capitale où objets d’art et objets de culte se confondent. On y compterait au bas mot quelque 1 700 temples. Ouvrage inclassable, Un automne à Kyôto s’avère un véritable patchwork littéraire. En effet, l’auteure livre pour une bonne part sa perception fine des temples bouddhistes et des sanctuaires shintoïstes où elle se promène en expliquant, telle une initiée, ici la symbolique de la statuaire des dieux auxquels on fait appel, là celle de l’agencement des jardins, lieux des divinités invisibles. Dans d’autres pages plus prosaïques, on trouve ici et là des anecdotes, des fragments d’histoire, des haïku et citations d’auteurs réputés ou bien encore des capsules sur les us et coutumes japonais d’hier et d’aujourd’hui.

C’est l’ordre temporel, celui des changements qui surviennent au cours de la saison automnale, qui préside à l’organisation de cet ouvrage en quatre sections, une pour chaque mois de l’automne, de septembre à décembre. Tous les sens sont convoqués pour attraper les moments changeants de la saison. Car l’esthétique japonaise, insiste l’écrivaine, « ne repose pas sur une différentiation entre beauté et laideur mais plutôt entre fugitif […] et permanent : réintégrer […] les instants vécus, les choses vues, en établir les listes, afin d’en prolonger la trace ». Si elle accueille volontiers les cycles de la nature, elle déplore la transformation de Kyôto, méconnaissable et enlaidie en maints quartiers alors que des édifices modernes se sont substitués à l’architecture traditionnelle.

Le lecteur sensible à la spiritualité orientale aura plaisir à accompagner Corinne Atlan dans les sentiers des jardins sacrés ; tout Occidental curieux de la façon de penser et de vivre des Japonais y trouvera aussi son compte.

Publié le 8 avril 2019 à 1 h 01 | Mis à jour le 7 avril 2019 à 15 h 26

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