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Pierre Cayouette

LES AMOUREUX DU JOUR 2

Druide, Montréal, 2018
132 pages
17,95 $

Tentation autobiographique ou portrait d’une génération qui a voté OUI au référendum de 1980 ?

Pierre Cayouette nous avait habitués aux portraits de héros, par exemple du célèbre pilote Robert Piché (Robert Piché aux commandes du destin, 2002). Dans son plus récent livre, nous suivons durant trois années déterminantes un groupe de cégépiens rassemblés au moment de la première campagne référendaire sur la souveraineté-association, en 1980. Les amoureux du jour 2 raconte la construction d’un jeune homme dans un Montréal en effervescence : ses amours, ses passions, ses espoirs et ses doutes. En plus d’aimer la jolie Geneviève et de se passionner pour le baseball et la musique, Christian Ladouceur milite pour le OUI et rêve de rencontrer le premier ministre René Lévesque.

La trame s’enracine dans un quartier populaire de Montréal – on imaginerait presque comme décor celui du film L’eau chaude, l’eau frette d’André Forcier, avec son épicerie du coin et son évocation des lutteurs de la Lutte Grand Prix réunis au centre Paul-Sauvé ou, rétrospectivement, du film Un été sans point ni coup sûr de Francis Leclerc, d’après le « roman de baseball » (baseball novel) écrit par Marc Robitaille.

Le style a-chronologique de Pierre Cayouette se veut évocateur et chargé de références culturelles d’une époque où l’on pouvait encore s’émouvoir en écoutant des paroles d’Aznavour ou de Charles Dumont, où un cégépien souverainiste mémorisait des vers de Gaston Miron. La musique québécoise et la télévision d’ici y occupaient une large place.

Le jour 2 du titre fait référence au cycle décalé sur six journées du cégep de Maisonneuve, qui n’était pas calqué sur les cinq jours de la semaine normale. Ce titre peut laisser perplexe, car il ne résume ni n’explique clairement le propos à venir ; l’auteur aurait pu réfléchir à un intitulé moins vague, du style « J’aurais suivi René Lévesque jusqu’au bout ». Il n’y a pas de nostalgie dans ce roman ; nulle part l’auteur ne semble regretter « le bon vieux temps », expression qui d’ailleurs n’apparaît nulle part ici. Le ton est parfois amer, dans l’accumulation de deuils et d’espoirs déçus ; c’est une écriture-exutoire où l’auteur jette ses déceptions. Mais le lecteur de vingt ans voulant savoir ce que pensait, fréquentait et aimait un Montréalais de son âge trouvera dans ce deuxième roman de Pierre Cayouette la toile de fond et la trame sonore de 1980.

Publié le 25 octobre 2018 à 16 h 48 | Mis à jour le 20 décembre 2018 à 17 h 22

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