Amin Maalouf

Sous la direction de Rachel Bouvet, Soundouss El Kettani

AMIN MAALOUF

UNE ŒUVRE À REVISITER

Presses de l’Université du Québec, Québec, 2014
285 pages
28 $

Rattaché à l’exil et au métissage par sa trajectoire autant que par ses œuvres, Amin Maalouf bénéficie grâce à ce collectif de regards complémentaires. Il y gagne un profil plus net : on le perçoit rebelle aux classifications et donc plus libre de relier histoire et géographie, sociologie et politique. Si Maalouf songe au roman, ce sera même seulement après avoir emprunté les sentiers de l’histoire dans Les Croisades vues par les Arabes. Peut-on même parler de roman à propos de Maalouf ? Oui, à condition d’accorder à l’auteur un large flou artistique, tant les frontières des genres littéraires sont pour lui et ses œuvres aussi poreuses que celles des cultures et des enracinements. Dès Léon l’Africain, par exemple, Maalouf s’autorise une audace semblable à celle de Marguerite Yourcenar rédigeant Mémoires d’Hadrien : comme elle, il écrit l’autobiographie d’un autre. Contradiction dans les termes, dira-t-on, puisqu’une autobiographie ne peut provenir que de la personne elle-même ! À quoi Maalouf répond en termes mesurés : « La question qui s’est posée quelquefois pour moi, lorsque j’écrivais des romans ayant une base historique, c’était celle de savoir si je devais respecter la vérité historique, ou si je pouvais l’ignorer pour les besoins du roman. La réponse que j’ai donnée – explicitement à moi-même et implicitement à mes lecteurs –, c’est que je devais me conformer à la vraisemblance historique, même si je n’avais pas d’obligation en la matière ». Réponse classique, qui contourne le défi rarement relevé d’une autobiographie écrite par une tierce personne.

Telle est la liberté de Maalouf. D’où provient-elle ? Plusieurs des auteurs mobilisés par ce collectif insisteraient sur l’exil imposé à l’écrivain. Il a quitté de mauvais gré son Liban natal, parce que le pluralisme de sa société avait été ébranlé par les maladresses impériales de l’Occident et que son statut de minoritaire l’exposait désormais aux brimades. Comme ce qu’il laisse derrière lui ne ressemble plus à ce qu’il a aimé, il éprouve désormais tout à la fois chagrin, pessimisme, nostalgie, soif d’un monde libéré des exclusions. Le texte final, que signe Abdelmounym El Bousouni, parle avec délicatesse et pénétration d’une « vision crépusculaire de l’Orient » : il la lit dans Les désorientés, mais plusieurs autres ouvrages de Maalouf baignent dans la même atmosphère désenchantée. Liberté et rejet des cloisonnements, mais au prix de l’émigration. « Bien entendu, cette question revêt pour moi un sens particulier, puisque j’ai dû moi-même prendre position sur cette question, ce qui a profondément modifié le cours de mon existence. » Liberté et métissage, mais aussi pessimisme et fêlure.

Publié le 9 mai 2015 à 14 h 15 | Mis à jour le 12 juin 2015 à 10 h 16

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