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Catherine Deneuve

À L’OMBRE DE MOI-MÊME

CARNETS DE TOURNAGE ET ENTRETIEN AVEC PASCAL BONITZER

Stock, Paris, 2004
241 pages
32,95 $

À l’ombre de moi-même contient les journaux personnels rédigés par l’actrice Catherine Deneuve lors de six tournages, pour la plupart à l’étranger, entre 1968 et 1999. Ce sont les seuls carnets ayant été tenus sur près d’une centaine de plateaux ; ceux-ci sont présentés en commençant par le plus récent (pour le film Danser dans le noir, de Lars von Trier) jusqu’au plus ancien, Folies d’avril (réalisé par Stuart Rosenberg), tourné aux États-Unis en 1968. Au-delà des confidences et des états d’âme, le propos de ces carnets touche plus souvent le travail sous les projecteurs et devant la caméra, et rappelle l’exigence de professionnalisme, que l’on attend des autres et que l’actrice offre consciencieusement à ses partenaires. Ainsi, il faut parfois pleurer en arrivant sur le plateau pour le besoin d’une prise, et les larmes ne viennent pas toujours aisément.

Le long tournage du film Indochine donne lieu à des pages détaillées sur le Vietnam ; des films comme Est-Ouest et Le vent de la nuit ne laissent en revanche que peu d’impressions. Le tournage le plus intéressant reste certainement Tristana (1970) de Luis Bunuel, où la jeune actrice nous transmet la méthode de travail du maître, avec ses indications minimales, ses caprices, sa vision efficace mais exigeante du cinéma.

On peut regretter que Catherine Deneuve n’ait pas tenu davantage de carnets en 40 années de carrière auprès des plus importants cinéastes de l’histoire, mais elle évoque parfois ses souvenirs avec François Truffaut, Roman Polanski, George Cukor. Par contre, quelques documents d’archives personnelles ici reproduits seront comme des révélations : outre les photographies d’enfance, on découvre une lettre en fac-similé signée de la main de François Truffaut, insistant pour que Catherine Deneuve accepte l’offre de tourner avec Hitchcock (ce qui ne s’est pas concrétisé), ou encore une page d’un scénario plus léger proposé à l’actrice française en 1968 par Burt Reynolds et Robert Aldrich.

Les carnets regroupés dans À l’ombre de moi-même intéresseront les admirateurs de Catherine Deneuve, qui y découvriront des documents inédits et une filmographie. On espère maintenant une autobiographie pour combler le vide de deux décennies de silence.

Publié le 5 octobre 2004 à 10 h 22 | Mis à jour le 20 décembre 2014 à 18 h 03

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