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Tourisme bibliophilique I — La librairie d’occasion est à un quartier ce que les grenouilles sont à un étang : un signe de bonne santé

Lorsque vient le temps de planifier la visite d’une ville, un bon guide de voyage, tels ceux publiés par la maison d’édition québécoise Ulysse, regorge de suggestions quant aux lieux à découvrir. Mais une fois sur place, c’est le sempiternel dilemme bien connu du voyageur : si les choix sont nombreux, le temps, lui, est bien souvent limité.

Alors que le centre de la ville a toujours des attraits bien à lui, les petits quartiers limitrophes des secteurs économiques, un peu excentrés, où se mélangent vie quotidienne et commerces de proximité, échappent trop souvent au voyageur. Afin de rapidement repérer les lieux les plus intéressants où aller déambuler pour savourer ces petits quartiers situés non loin de l’activité frénétique du centre-ville, je procède à une recherche fort simple : je localise les librairies d’occasion. La nature particulière de ces commerces fait qu’ils sont invariablement situés au cœur de quartiers dynamiques et diversifiés, et donc, intéressants à visiter. Pour faire une analogie, la librairie d’occasion est à un quartier ce que les grenouilles sont à un étang : un signe de bonne santé.

Édition originale (1885). Librairie Au lieu du livre (Québec)

Édition originale (1885)
Librairie Au lieu du livre (Québec)

Client un jour, fournisseur l’autre

Une librairie d’occasion doit s’implanter au cœur d’un microcosme socio-économique riche afin de se construire une clientèle non seulement pour écouler sa marchandise, mais aussi pour se la procurer. Contrairement à d’autres types de commerces, elle ne peut pas compter sur un fournisseur pour regarnir ses présentoirs. Pour ce faire, elle doit nécessairement être située à proximité de lieux où les gens vivent afin de faciliter le transport d’une marchandise qu’il est bien malaisé d’acheminer sur de longues distances, compte tenu de son poids. Puis, la librairie d’occasion a besoin d’un environnement urbain achalandé. Les commerces fréquentés sur une base quasi quotidienne – épicerie de quartier, boulangerie ou café – assurent la permanence du passage des résidents habitant à proximité. Les lieux de culture, tels les théâtres et les cinémas, permettent d’augmenter l’achalandage. Sans oublier que les parcs et autres lieux de verdure assurent la présence de jeunes familles aux enfants avides de découvertes – il est tellement facile d’acheter un livre d’occasion à un enfant ; une bonne façon de contrer l’utilisation de gadgets électroniques.

Pour attirer les clients à l’intérieur, une librairie d’occasion doit posséder une belle devanture invitante. De larges trottoirs et des arbres pour assurer un couvert ombragé les jours d’été sont deux ingrédients importants sans être essentiels. Finalement, si le quartier est bien desservi par un système de transport en commun, la circulation automobile sera moins dense, un autre facteur qui incite à déambuler nonchalamment.

Quelques bonnes prises

Au fait, à quoi ressemble ce quartier qui gravite autour d’une librairie d’occasion ? À un quartier que le voyageur aura plaisir à découvrir. Voilà pourquoi je prends toujours soin de repérer les librairies d’occasion lorsque je prépare mes voyages. Depuis que j’applique cette méthode, je réussis non seulement à visiter de magnifiques petits quartiers – ce qui plaît à ma conjointe – mais je parviens aussi à mettre la main sur des bijoux de livres – ce qui, j’imagine, plaît aussi à ma conjointe.

C’est ainsi qu’à Boston, j’ai mis la main sur un ouvrage plutôt rare, datant de la fin du XIXe siècle, du bibliophile français Octave Uzanne. L’ouvrage, intitulé L’art dans la décoration extérieure des livres de ce temps, possède un ex-libris de Stanley Marcus, un homme d’affaires étroitement lié à Boston.

David Mason dans sa librairie à Toronto
Photo : M. Beauchamp

J’ai profité de mon passage à Toronto pour me procurer l’autobiographie The Pope’s Book Binder des mains du libraire David Mason, lui demandant au passage une dédicace. J’y ai aussi déniché un catalogue des œuvres du maître relieur québécois Pierre Ouvrard, basé en grande partie sur les archives de l’Université de l’Alberta, qui a publié l’ouvrage. Finalement, perdu au milieu d’une bibliothèque vitrée et visiblement peu visitée par les clients d’une librairie d’occasion, j’ai trouvé un petit ouvrage de 1930 intitulé The Bookbinding Craft & Industry qui présente, illustrations à l’appui, les prouesses que l’imprimerie pouvait réaliser à l’époque.

Et qu’en est-il des librairies qui offrent des livres neufs ? Les chaînes installent des boutiques principalement au centre-ville ou dans des centres commerciaux. Si ces magasins sont intéressants pour trouver la nouveauté, leur essence est édulcorée par une certaine recherche du revenu au pied carré. Heureusement, à mi-chemin – au propre comme au figuré – entre la chaîne et la librairie d’occasion, il existe des librairies indépendantes qui allient nouveautés et fonds littéraire.

Des vacances cool

Il est même possible de déterminer le lieu de ses vacances en fonction de librairies. Vous pourriez par exemple choisir une des librairies présentées dans l’article intitulé « World’s coolest bookstores » et en faire une destination voyage. C’est ainsi que cette année, avec ma famille, nous allons découvrir la ville de Détroit où je planifie fureter parmi les livres classés en 900 catégories que compte la librairie John K. King Used & Rare Books.

Les recherches

Dessin de Benett pour "Mathias Sandorf" de Jules Verne

Dessin de Benett pour « Mathias Sandorf » de Jules Verne

Les librairies d’occasion sont souvent membres d’associations professionnelles ; leurs bottins permettent de localiser les librairies selon les régions ou les villes. Il faut bien lire la description de chacune d’elles car certaines sont très spécialisées, n’ont pas pignon sur rue ou ne sont accessibles que sur rendez-vous. Ma technique consiste à enregistrer, pour chaque librairie sélectionnée, son adresse ainsi qu’une courte description dans une carte Google Maps. Une fois la carte complétée, je la télécharge sur mon téléphone intelligent grâce à l’application Google Maps Engine – car l’application de base, Maps, ne permet pas de récupérer les cartes enregistrées sur un téléphone intelligent. Une fois sur place, il est facile de se repérer grâce à cette application qui peut fonctionner tel un GPS.

Le bonheur de cette méthode est qu’en prime, on peut rapporter chez soi un livre qui rappelle non seulement une ville, mais aussi un quartier bien particulier.

Voir aussi :
Tourisme bibliophilique II — Double surprise à Détroit
Tourisme bibliophilique III — Philadelphie à la recherche de son âme

 


Principales références en la matière en Amérique du Nord :

Québec : Confrérie de la librairie ancienne du Québec
Site : http://www.bibliopolis.net/claq/

Canada : Association de la librairie ancienne du Canada
Site : http://www.abac.org/accueil.php
Bottin : http://www.abac.org/membres.php

États-Unis : Antiquarian Booksellers’ Association of America
Site : http://www.abaa.org/
Bottin : http://www.abaa.org/booksellers

Ailleurs dans le monde :

Ligue internationale de la librairie ancienne
Site : http://www.ilab.org/
Bottin : http://www.ilab.org/search_booksellers.php


Publié le 14 juillet 2015 à 20 h 50 | Mis à jour le 8 janvier 2017 à 15 h 15

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