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Dossier « Littérature Mexicaine »
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E. PEDRO PÁRAMO DE JUAN RULFO, OU LES CINQUANTE ANS D'UN ROMAN À CONTRE-COURANT
par Javier Vargas de Luna*
traduit par Judith Rémillard**
Juan Rulfo : ©Fototeca del CONACULTA/INBA/CNL
Nuit blanche, numéro 107, juillet 2007
Roman de murmures réveillés par des murmures qui se réveillent. Roman de balbutiements haletants… d'angoisses tissées entre les échos qui les entraînent… de rumeurs dessinant l'image d'une étrange éternité qui s'empare peu à peu de notre perplexité au fil de la lecture.
En effet, ce sont bien des réactions de désarroi et de perplexité qui nous envahissent et qui sont à l'origine de la seule question qui, de page en page et à tout moment, nous fait errer entre le remords et le non-sens, ou entre une profonde tristesse et un total sens de l'absurde. De fait, le sens de cette question incertaine et même de ce roman dans son ensemble paraît s'éclaircir lorsqu'on a recours à quelques vers d'Octavio Paz : « Ne se passe-t-il rien lorsque passe le temps1 » dans Pedro Páramo ?... Ne se passe-t-il rien lorsque passe la mort dans Pedro Páramo ?... Non, il ne se passe rien, nous répondrait sûrement l'auteur. En réalité… Juan Rulfo nous le dirait : il ne se passe rien…, rien…, rien. En utilisant la voix de chaque personnage et les murmures qui traversent comme des échos la mémoire de ceux-ci, Juan Rulfo invoquerait qu'au moment de notre mort il ne se passe rien au delà d'une immortalité sans repère sur le calendrier, d'une immutabilité sans histoire, d'une éternité qui ne se mesure ni avec les années ni avec une époque précise.
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