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VOIR GRAND : MAURICE RICHARD, LE HOCKEY ET LA NATION
par Michel Nareau*
Maurice Richard
Nuit blanche, numéro 106, avril 2007
Véritable symbole populaire, grand héros sportif, Maurice Richard a suscité, toute sa vie durant et depuis sa mort, un engouement jamais démenti. Les biographies s'accumulent, tant en français qu'en anglais, les livres hommages aussi, de même que les albums souvenirs et les films. Dans cette panoplie de titres, deux nouveaux bouquins se proposent d'analyser le mythe Maurice Richard, une façon d'affirmer que le hockey est intimement lié au discours national.
Les yeux de Maurice Richard1 de Benoît Melançon et Maurice Richard, Le mythe québécois aux 626 rondelles2 de Paul Daoust postulent en effet tous les deux la présence d'un mythe entourant le célèbre numéro 9 des Canadiens de Montréal. De prime abord, on pourrait croire que les deux ouvrages sont de la même eau et que les redondances abondent. Or, il n'en est rien, tant les visées, les moyens et les méthodes diffèrent entre l'histoire culturelle de Melançon et le plaidoyer sociopolitique de Daoust. D'un côté, une analyse discursive tente de déterminer la portée mythique du hockeyeur et son utilisation dans les discours culturel et littéraire, de l'autre, un portrait emphatique inscrit le mythe au cœur des exploits du Rocket. Entre les deux, un monde, celui de l'interprétation.
La figure Richard
Benoît Melançon insiste dès le départ sur le regard de Maurice Richard. Au-delà des qualités athlétiques de ce dernier prime un désir de vaincre : marquer des buts, c'est abattre l'adversité. Le regard de Richard indique bien une telle motivation, cette soif de scorer. Reconnu pour sa vitesse d'exécution et ses qualités autour des filets adverses, le Rocket a surtout un regard de feu, fait de force, de désir, d'acharnement. Ainsi, Melançon, après avoir déterminé les 12 travaux herculéens du numéro 9, s'intéresse au discours tenu sur le Rocket : ce dernier devient une icône parce qu'il est lu, vu, considéré comme une force de la nature, comme un être au désir vif, au caractère impulsif, au courage exemplaire. Son regard de feu n'est pas inné, mais serait une construction culturelle édifiée par les joueurs affrontés, les coéquipiers, les journalistes, les instructeurs, les partisans, les écrivains, etc. Melançon puise avec bonheur dans un large bassin de textes pour décrire le numéro 9. Il fait ressortir, dans un style concis, juste et maîtrisé, un portrait plus grand que nature du Rocket. Il montre l'entreprise commerciale qui amène Richard dans tous les foyers canadiens. Il souligne la portée mythologique de son surnom, après avoir pris soin d'en déterminer l'origine et les résonances symboliques. Richard, à travers les documents écrits et iconographiques (nombreux, magnifiques et éclairants) consultés, est présenté comme un homme silencieux, un taciturne qui s'exprime par son regard, ses exploits sur la glace et sa passion pour son sport. Son silence ouvre la porte aux commentateurs. Ceux-ci prennent le relais et sont les dépositaires des exploits du fougueux joueur. Les journalistes, les chansonniers et les écrivains deviennent alors les passeurs d'une histoire culturelle, celle de Maurice Richard. C'est cette transmission d'une génération à l'autre qui assure la portée du Rocket et sa permanence culturelle.
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