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Linda Gaboriau : LE FESTIN DE LA PAROLE QUÉBÉCOISE (ENTREVUE) 

par Linda Amyot*
écrivaine et scénariste


Linda Gaboriau : photo ©Josée Lambert

Nuit blanche, numéro 100, octobre 2005

Née à Boston en 1942, Linda Johnson (qui a gardé le nom de son premier mari pour sa vie professionnelle) décide, après ses études en littérature française à l'Université McGill, de rester au Québec. Radio, télévision, presse écrite, cinéma et vidéo : elle a exercé tous les métiers, de recherchiste à animatrice en passant par assistante à la réalisation.

   Elle devient traductrice alors que, féministe convaincue, on lui demande de traduire La nef des sorcières présentée au Théâtre du Nouveau Monde, en 1975, à l'occasion de l'Année internationale de la femme. Et les choses s'enchaînent : elle signe la traduction de plus de 70 pièces de théâtre et d'un roman, elle traduit des essais, des pièces et des romans pour la jeunesse. C'est sans parler de son rôle dans le milieu du théâtre et de la traduction en tant que directrice du Centre international de traduction littéraire à Banff, animatrice et conseillère en dramaturgie. Brève rencontre avec une femme qui se porte avec ardeur à la défense du théâtre québécois.

   Nuit blanche : Qu'est-ce qui distingue la traduction d'une œuvre théâtrale de celle des autres genres littéraires ?

   Linda Gaboriau : La plus grande différence, c'est que c'est une partition qu'on écrit, dans la deuxième langue, qui sera jouée par des comédiens. La lecture silencieuse, intérieure d'un roman n'a pas les mêmes contraintes. Si le texte ne coule pas, le lecteur sera aliéné, n'aura pas de plaisir, mais la partition orale en plus doit être jouée par des interprètes et ça veut dire qu'elle doit passer physiquement dans un corps, par une voix, dans une paire de poumons qui doivent respirer… J'ai traduit la dernière pièce de Gratien Gélinas, La passion de Narcisse Mondoux, qu'il a joué lui-même, en tournée, en anglais et en français, avec sa femme, Huguette Oligny. Quand on a regardé la première version de la traduction que je lui avais soumise, il m'a dit des choses comme : « Ici, à cette réplique, je dois taper du pied. Et je ne peux pas taper du pied dans la version anglaise parce que la chute n'est pas la même ». Si le comédien doit taper du pied, il faut qu'il y ait quelque chose dans la réplique qui invite un bon tapage du pied. C'est ce côté très physique qu'il faut intégrer dans sa traduction, car le comédien doit bouger avec l'intention et l'émotion du texte.


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