Nouveautés étrangères
numéro 103, Été

par Yvon Poulin et Judy Quinn


J.M. Coetzee

Créateur et créatures :
Un personnage insignifiant refuse d'être la création de quiconque, même d'une célèbre écrivaine. Sorte de métafiction, L'homme ralenti (Seuil ; traduit par Catherine Lauga du Plessis) de J. M. Coetzee, Prix Nobel de littérature 2003, se veut aussi une réflexion sur la pseudo-liberté des humains.



Marguerite Duras

Marguerite Duras : Voilà déjà dix ans que cette voix authentique et combien intense s'est tue. Plusieurs ouvrages en soulignent l'anniversaire, dont Maguerite Duras, La vie comme un roman (Textuel) de Jean Vallier, et 5, rue Saint-Benoît, 3e étage gauche, Marguerite Duras (Metropolis) de Jean Marc Turine. Paraîtra également en octobre l'ouvrage posthume Cahiers de la guerre et autres textes (POL/IMEC).

Propos d'ivrogne : Un grand buveur, mis en tombe, raconte les conquêtes et les déconfitures d'une existence libertaire. Une si douce impatience (Flammarion) de Pierre Drachline est tout sauf larmoyant. On dirait plutôt : désespérant d'humour !

Le Japonais d'Angleterre : L'auteur de Vestiges du jour, Kazuo Ishiguro, nous livre une autre de ses intrigues toutes anglaises, faites de retenue et de secrets, avec Auprès de moi toujours (Deux Terres ; traduit par Anne Robinovitch). Mais le roman n'a rien à voir avec les précédents : il s'agit ici d'une première incursion dans le monde de la science-fiction.

Récit de la filiation : Encore une nuit de merde dans cette ville pourrie (Gallimard ; traduit par Anne-Laure Tissut), c'est le livre qu'un fils dédie à un père qui se rêvait écrivain. Nick Flynn y raconte le parcours de ce dernier devenu un sans-abri et sa rencontre avec cet homme qui lui était jusque-là inconnu.



Enrique Vila-Matas

La désertion : Enrique Vila-Matas gagne le titre de grand écrivain avec Docteur Pasavento, publié chez Christian Bourgois, dans une traduction d'André Gabastou. Un récit sur la disparition, dans la tradition des Maurice Blanchot et Robert Walser, celui d'un auteur qui cherche à tout prix à s'effacer de son livre. L'entreprise se révélera ardue.

Au cœur de la tourmente : En direct du ghetto, La presse clandestine juive dans le ghetto de Varsovie 1940-1943 est un document exceptionnel. On doit son sauvetage à l'intervention de l'historien Emmanuel Ringelblum, qui préserva les textes dans des bidons de fer-blanc juste avant la liquidation du ghetto. Daniel Blatman nous donne à lire ces archives aux éditions du Cerf, dans une traduction de Nelly Hansson.

Écrivain méconnu : Serge Sanchez se fait le biographe de François Augiéras, Le dernier primitif (Grasset). L'auteur tente de comprendre l'insuccès de cet « ennemi de la civilisation », mort dans l'anonymat et la pauvreté en 1971. Grasset réédite par ailleurs dans sa collection « Les Cahiers rouges » quelques œuvres trop peu lues : Le voyage des morts, L'apprenti sorcier, Un voyage au Mont Athos et Domme ou l'essai d'occupation.

Les pérégrinations d'un Polonais : Ryszard Kapuscinski refait le parcours de ses quelque cinquante années de journalisme à travers l'Asie, l'Afrique, le Moyen-Orient. Un biographie ouverte sur le monde, où le nomade, à la manière de son maître grec, réfléchit sur l'histoire et la guerre. Voyages avec Hérodote paraît chez Plon, dans une traduction de Véronique Platte.

Manuscrit sauvé du KGB : Un chef-d'œuvre de la littérature russe a droit à une seconde vie. Vie et destin, Tout passe de Vassili Grossman vient d'être édité, cette fois intégralement, chez Robert Laffont, dans une traduction d'Alexis Berelowitch et Anne Coldefy-Faucard. Ce récit sur la bataille de Stalingrad est suivi d'un roman sur l'époque post-stalinienne et de lettres écrites par l'auteur à sa mère morte dans les camps juifs.

Bien pensé : Une nouvelle collection de philosophie dédiée aux enfants voit le jour. Au catalogue de « Chouette Pensée » des éditions Gallimard : La conversation d'Olivier Abel et Qu'est-ce qu'un homme ? de Cécile et Jean Robelin.

Le mal littéraire : Le début du vingtième siècle a vu apparaître une nouvelle catégorie de créateurs : Les écrivains contre l'écriture. Dans son essai publié chez Corti, Laurent Nunez présente le combat centenaire entre ceux qui dénigrent l'écriture, de Paul Valéry à Émile Cioran, et ceux qui la défendent.

Alliances franco-congolaises : Congo démocratie, 6, Congo Brazzaville : du putsch au rideau de fer : soutien de la France et hypnose de la communauté internationale, voilà le titre d'un essai dérangeant paru chez L'Harmattan, signé Calixte Baniafouna. Une tentative d'explication de l'extrême pauvreté qui sévit dans ce pays pourtant riche en ressources premières.

Tchernobyl, vingt ans après : Deux livres-enquêtes viennent nous rappeler toute l'horreur de cette catastrophe. Dans Tchernobyl, Retour sur un désastre (Buchet Chastel), Galia Ackerman rapporte les témoignages de scientifiques, d'écologistes et de victimes. Jean-Michel Jacquemin-Raffestin démontre, dans Tchernobyl, Cachez ce nuage que je ne saurais voir (G. Trédaniel), comment le gouvernement a pu laisser mourir des milliers de gens après l'accident alors qu'il connaissait les dangers de l'eau et de l'air contaminés.

Claustrophobes s'abstenir : Le sujet du plus récent livre de Walter Mosley ne manque pas d'étonner : un pauvre Noir sans travail se voit offrir 50 000 dollars par un Blanc qui lui demande en échange de lui construire une cage dans sa cave et de l'y enfermer. Un homme dans ma cave paraît au Seuil, dans une traduction de Mireille Vignol.

Levinas : Le milieu littéraire français célèbre le centenaire de naissance du philosophe Emmanuel Levinas. Les Presses Universitaires de France publient un recueil dirigé par Joëlle Hansel, intitulé Levinas, de l'être à l'autre. Paraissent également Levinas, Chemin ou obstacle pour la théologie chrétienne ? (Cerf), de Fred Poché, et une réédition d'Entretiens avec Emmanuel Levinas (Le Livre de Poche) de Michaël de Saint-Chéron.

Au cœur du complot : Denis Robert s'est servi de sa propre expérience de journaliste du milieu des finances, au cours de laquelle il a su déterrer quelques histoires peu morales, pour nous concocter la sienne, « fictive », sur le monstre capitaliste. La domination du monde (Julliard) serait de ces livres qui peuvent changer les choses.



Valérie Tong Cuong

Dans les ténèbres : Une grande ville. Une panne d'électricité. Des individus détournés de leur trajectoire habituelle et projetés dans les ténèbres de l'inconnu. C'est le cadre du roman très réussi de Valérie Tong Cuong, Noir dehors (Grasset).



Alona Kimhi

Une voix à découvrir : Après le délicieux Suzanne la pleureuse (Gallimard, 2001), Alona Kimhi confirme, dans Lily la tigresse (Gallimard ; traduit par Laurence Sendrowicz), son talent de peintre de personnages féminins. À travers la mélancolie de Suzanne ou l'exubérance de Lily, l'écrivaine de Tel Aviv pose un regard douloureux et ironique sur le monde qui l'entoure.

Made in Dublin : Hugo Hamilton a connu une gloire et une reconnaissance bien méritées avec Sang impur (Phébus), chronique d'une enfance dublinoise après la Seconde Guerre, couronnée par le Femina en 2004. Il nous revient avec Déjanté (Phébus ; traduit par Katia Holmes), un thriller dans lequel le héros rêve d'être un flic de cinéma pour échapper à l'instabilité d'un univers qui lui échappe.

L'énigme Judas : Remis à la mode par la récente découverte d'un évangile inconnu jusqu'ici, le personnage de Judas et sa représentation dans le discours littéraire et artistique font l'objet d'une étude fouillée de la part de Pierre-Emmanuel Dauzat. Judas, Des Évangiles à l'Holocauste est paru chez Bayard.



Arnaldur Indridason

Voix d'Islande : Un an après La cité des jarres, l'Islandais Arnaldur Indridason nous propose, chez le même éditeur, La femme en vert (Métailié ; traduit par Éric Boury). Cette fois, le commissaire Erlandur doit résoudre le mystère d'un cadavre découvert sur un chantier de construction. Se mêleront à cette enquête le récit de ses difficiles relations familiales et celui d'une série de drames intimes.

Philo pour tous : Vient de voir le jour un nouveau magazine consacré à la philosophie, Philosophie magazine. Avec ce bimestriel visant un large public, ses concepteurs veulent démontrer que « le savoir n'est pas, pour un philosophe, un stock de références au passé, mais qu'il est en prise avec les enjeux contemporains ».

Guantanamo : En janvier dernier, Nizar Sassi était remis en liberté après deux ans et demi d'emprisonnement à Guantanamo. Dans Prisonnier 325, Camp Delta (Denoël), il retrace le parcours qui l'a mené de Lyon jusque dans un camp d'entraînement d'Al-Qaïda, en Afghanistan.

À chaud : Les Presses de la Cité viennent de faire paraître le rapport commandé par les Russes, après la chute de Berlin, sur le suicide d'Hitler : Le dossier Hitler. Le mérite de cet ouvrage est de nous restituer une enquête « à chaud » sur les événements du 30 avril 1945.

Vrai faux : Dans La double vie de Vermeer (Actes Sud ; traduit par Marguerite Pozzoli), Luigi Guarnieri raconte le parcours de Han van Meegeren, « faussaire de génie », qui réussit même à rouler Hermann Goering. Van Meegeren est mort dans la misère en 1948. Son destin de pose, à sa façon, l'éternelle question du faux et du vrai dans l'art.

Question de poids : Dans Le pèse-personne de Doriane G. (Anne Carrière), Sylvie Overnoy raconte la curieuse relation de Doriane G. avec un pèse-personne qui l'encourage à manger, étant entendu que c'est une poupée magique qui prendra du poids à sa place. Il s'agirait d'un pastiche du Portrait de Dorian Gray d'Oscar Wilde.

Infidélités masculines : Dans Histoires d'hommes mariés (Seuil ; traduit par Isabelle Gugnon), l'Argentin Marcelo Birmajer raconte les infidélités réelles ou rêvées, les désirs et les déceptions de quadragénaires en mal d'aventures. Moqueur et malicieux, Birmajer a recueilli ses histoires auprès de ses congénères dans les bars, la rue ou les dîners en ville.

À propos de bouddhisme : On dit du bouddhisme qu'il gagne sans cesse des adeptes en Occident. C'est sans doute ce qui a incité Fabrice Midal à s'interroger sur les rapports entre cette religion venue d'Asie et nos valeurs occidentales. Il nous livre les résultats de ses réflexions dans Quel bouddhisme pour l'Occident ? (coll. « Couleur des idées », Seuil).

Voix du passé : Dans leur collection « Légendes du monde », les éditions de L'Harmattan proposent de nous faire connaître les contes qui ont nourri et irrigué les grandes cultures du monde. Signalons quelques parutions récentes : L'ogresse et les enfants de Thérèse Pham-Dao (Viêt Nam), La maison des amis chanteurs et Borko et le renard de Mario Urbanet et Albena Ivanovitch-Lair (Bulgarie), Le secret de Messaouda de Michel Madar (Tunisie).

Destin d'exception : L'Orientaliste (Buchet-Chastel ; traduit par François Jaouën) de Tom Reiss raconte l'extraordinaire destinée de Lev Nussimbaum, juif originaire de Bakou, converti à l'Islam après avoir publié des œuvres sous le pseudonyme d'Elfriede von Ehrenfels. C'est un pan de l'histoire de l'Europe centrale du XXe siècle qui nous est restitué à travers ce destin unique.

Spiritualité : Aujourd'hui, dans ce monde de productivité, le sommeil est perçu comme une obligation, une tâche, un fardeau même. Dans Du sommeil et autres joies déraisonnables (Albin Michel), la mythologue Jacqueline Kelen démontre au contraire qu'il constitue en quelque sorte la clé de l'éveil.

Femmes algériennes : Albin Michel réédite l'œuvre magistrale d'Assia Djebar, Ombre sultane. Ce roman est l'un des volets du Quatuor d'Alger, vaste et saisissant tableau d'une société misogyne repliée sur elle-même.

Entre par la grande porte : L'homme de théâtre québécois Larry Tremblay publie chez Gallimard, mais c'est sous la forme de récits, cette fois, que se déploie son talent. Dans Piercing, il dépeint les mœurs de la jungle urbaine à travers des personnages d'adolescents et de jeunes adultes en quête d'idéal.

Dernier polar : Milenio Carvalho (Christian Bourgois ; traduit par Denise Laroutis) est le dernier roman de l'écrivain Manuel Vázquez Montalbán décédé en 2003. L'enquêteur Carvalho, qu'on accuse à tort du meurtre d'un sociologue, se fait passer pour un spécialiste du diminutif dans la littérature médiévale espagnole afin de mener incognito sa propre enquête. Un périple hallucinant.

Nouveau chef-d'œuvre : On ne tarit pas d'éloges à l'égard du plus récent roman de Richard Powers, Le temps où nous chantions (Le cherche midi ; traduit par Nicolas Richard). À sa parution au États-Unis il y a trois ans, on en comparait le style à celui de Philip Roth, Marcel Proust, Thomas Mann. Quand la question des races devient musique.

Le Borges chilien : Une nouvelle école littéraire est née avec les réal-viscéralistes, petite bandes de poètes pour la plupart analphabètes, que rencontre le héros du fabuleux roman Les détectives sauvages (Christian Bourgois ; traduit par Robert Amutio), de Roberto Bolaño. Les surprises ne manquent pas dans cette folle histoire de près de 900 pages.



Walter Benjamin

Walter Benjamin : Tilla Rudel vient de signer la première biographie en français du philosophe allemand mort en 1940. Dans Walter Benjamin, L'ange assassiné (Mengès), elle parle de son enfance, de sa vie d'errant, de la difficulté d'être juif dans une Europe en déclin.

L'émeute comme arme : L'histoire du « luddisme », mouvement de résistance contre les avancées technologiques, est l'objet d'une étude publiée au Seuil. Les briseurs de machines, De Ned Ludd à José Bové de Nicolas Chevassus-au-Louis en démontre toute la charge anticapitaliste.

Musique de chambre : Une photo de celui qui composa l'immense Sacre du printemps est le centre du plus récent roman de Lucile Laveggi. Le sourire de Stravinsky (Gallimard) raconte les souvenirs douloureux d'une femme dont le père, terne reflet du célèbre musicien, se laisse mourir de vieillesse.

Un ange passe : Les traducteurs Jean Anderson et Nadine Ribault nous offrent en français une expérience de lecture inédite avec Le lagon et autres nouvelles (Des Femmes) de l'auteure néo-zélandaise Janet Frame (1924-2004). L'écrivaine avait été révélée au grand public par l'adaptation cinématographique de son autobiographie Un ange à ma table réalisée par Jane Campion.

Surgit du coma : L'auteur de Tombeau pour cinq cent mille soldats, Pierre Guyotat, vient de faire paraître au Mercure de France une magnifique, forte et déstabilisante autobiographie centrée sur sa quête d'une langue universelle. Coma jette un peu de lumière sur une œuvre souvent qualifiée d'indéchiffrable.

Vivre ou survivre : Le combat que se livrent médecine et philosophie semble éternel. L'une cherche à repousser la mort le plus longtemps possible, tandis que l'autre veut que l'on prenne conscience de son imminence. Olivier Razac retrace l'histoire de cette divergence dans La grande santé, publié chez Climat.

Humour et torture : Dix années auront été nécessaires à l'écriture du roman-fleuve Le supplice du santal. Le Chinois Mo Yan y décrit la fuite puis le châtiment - dépeçage et empalement - d'un chanteur d'opéra à la voix de chat au début du XXe siècle. L'œuvre, qui paraît au Seuil, est traduite par Chantal Chen-Andro.



Léopold Sédar Senghor

Senghor : Une version intégrale des recueils de poésie de Léopold Sédar Senghor, Œuvre poétique, paraît au Seuil dans la collection « Points » alors que l'on fête le centième anniversaire de sa naissance. Les éditions Fayard lancent par ailleurs une biographie signée Simon Njami, C'était Senghor.

Disparu : L'auteur de L'ironie christique (Gallimard), Jean Grosjean, est décédé le 10 avril dernier. Cet humble poète laisse derrière lui une œuvre lumineuse et profondément humaine.

Marina Tsvetaeva : Paraît pour la première fois en français la série de portraits d'écrivains russes rédigés par la poétesse durant son exil à Paris. Souvenirs (Anatolia/Du Rocher ; traduit par Anne-Marie Tatsis-Botton) est un bouquet de fleurs sur les tombes d'Ossif Mandelstam, Maximilian Volochine, Mikhaïl Kouzmine et Valéri Brioussov.

L'enfance d'une surdouée : À trois ans, l'Américaine Opal Whiteley lisait les trois seuls livres de la maison. À sept, elle commence à écrire un journal, véritable hymne à la nature. Ce texte mythique, rédigé en 1904 et 1905, est publié pour la première fois en français après cent ans de vives polémiques sous le titre La rivière au bord de l'eau, Journal d'une enfant d'ailleurs (La Cause des livres ; traduit par Antoinette Weil).

Le purgatoire des innocents : Le sort réservé aux foetus morts avant terme est étroitement lié à l'idée qu'une société se fait de la mort et de l'âme. Une brillante étude historique de Jacques Gélis, Les enfants des limbes, Morts-nés et parents dans l'Europe chrétienne (Louis Audibert), révèle les principaux rites accomplis à partir du XIIe siècle pour racheter le salut de ces non baptisés.



Michel Butor

Poésie butorienne : « Ce qui me reste de cheveux / va bientôt devenir tout blanc », écrit Michel Butor dans Seize lustres. Le recueil publié chez Gallimard contient plus de cinq cents pages de poèmes écrits au cours des seize dernière années par l'auteur de La modification.

L'air du large : Pascal Quignard avait pensé appeler son plus récent roman Au bord de la mer, avant de lui donner le titre définitif de Villa Amalia (Gallimard). On peut en effet entendre le mouvement de la mer, avec ses vagues et ses marées, dans ce récit d'une femme fuyant sa vie pour lui donner un nouveau sens.

Histoire d'un génocide : On n'a pas encore fini d'enterrer les morts au Rwanda. Un récit troublant de Scholastique Mukasonga tente, dans Inyenzi ou les Cafards (Gallimard), de donner une voix, des mots, à ceux et celles qui peuplent ses cauchemars, d'expliquer les causes du génocide. On a comparé ce livre à Suicide d'une république de Peter Gray.

Pour une langue vivante : Dans Espéranto désespéranto, La francophonie sans les Français (Gallimard), Anna Moï ne remet pas seulement en question le monopole qu'exercent nos cousins sur la langue français ; elle s'interroge aussi sur la pertinence du concept de francophonie. Existe-t-il une anglophonie ?



Gilles Lipovetsky

Un nouveau Lipovetsky : Le troisième millénaire a vu naître, selon Gilles Lipovetsky dans Le bonheur paradoxal (Gallimard), une nouvelle race de consommateur, le turbo-consommateur ou l'hyperconsommateur. Toujours en quête de nouveauté pour son bonheur personnel, il passe d'un lieu à l'autre, d'une mode à l'autre sans fidélité. Et qu'en est-il du bien-être de l'humanité dans tout cela ?

Biographie : L'œuvre de Joë Bousquet, toute lumineuse qu'elle soit, est née d'un terrible événement qui marqua sa vie : en 1918 durant une bataille, le jeune dandy séducteur reçoit une balle en plein ventre, qui le rend invalide pour le restant de sa vie. Dans la chambre où il écrira toute son œuvre, les grands du surréalisme lui rendront visite. Édith de la Héronnière, avec Joë Bousquet, Une vie à corps perdu (Albin Michel), nous fait passer la porte de cette chambre.

Émouvant : 1943. Deux combattants rescapés d'une bataille dérivent sur l'Atlantique et rien n'indique qu'ils toucheront un jour la terre. Rien en vue (Albin Michel ; traduit par Bernard Kreiss) de Jens Rehn, a été publié pour la première fois en 1954, puis redécouvert en Allemagne en 2003. Il est le récit atroce de deux vies qui cheminent vers la souffrance et la mort. Pour cœurs solides uniquement !

Récit de voyage : C'est en tant qu'ethnologue que Philippe Frey parcourt les déserts chauds de la planète. Le but ultime : rencontrer les derniers nomades afin de tirer de leur savoir une leçon pour le reste de l'humanité. Il nous livre dans Nomades, une vie de déserts (Robert Laffont) quelques portraits de ces hommes, et d'une femme, sans attaches, qui défient un climat impossible. NB


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