Nouveautés étrangères
numéro 88, automne

par Blanche Beaulieu, Yvon Poulin et Christine Zahar

Un peu d'Afrique à travers le conte : La maison Maisonneuve et Larose publie Contes mystérieux d'Afrique du Nord, que présente, avec commentaires explicatifs, Jeanne Scelles-Millie. Être convié à partager l'imaginaire des peuples qui nous sont étrangers, c'est les aborder avec l'espoir de déjouer les confrontations.

Appel à tous : Le Nouvel Observateur (no 1965), rapportant le drame du 29 mai à Gasny dans l'Eure, la destruction par le feu des millions de livres que contenait l'entrepôt des Belles Lettres, utilisé par nombre de petits éditeurs, lance un message à ses lecteurs. Sous la rubrique « Pour aider les éditeurs en difficulté, lisez leurs livres », Bruno Roy de Fata Morgana, Jean-Hubert Gailliot et Sylvie Martigny de Tristram, Patrice Contensin de L'Échoppe, Claude Rouquet de L'Escampette, Anne Lima de Chandeigne, Thierry Discepolo et Sébastien Mengin d'Agone, Georges Monti du Temps qu'il fait et Alain Fuzellier d'Encrage suggèrent des titres qui sont des beaux fleurons de leurs productions.

Au cœur du roman : Le roman Marguerite de Leila Sebbar, publié chez Eden-Folies d'encre, rendrait palpable l'emprise du malheur sur une vie de femme dont les rêves se sont effondrés et qui n'a pas su les retourner pour s'en protéger.

Un autre pavé dans la mare : La France sous les nazis aurait arrêté et condamné à l'internement encore plus de gens qu'on ne le soupçonnait. Denis Peschanski vient de faire paraître chez Gallimard sa thèse de doctorat d'État sous le titre La France des camps, qui « vide » la question en quelque sorte. Tout aura été dit... et le tableau s'est noirci un peu plus malheureusement.

« Anomalie éditoriale » : C'est sous ce titre que le Nouvel Observateur no 1966 annonce la parution chez Plon du Guide critique de la mondialisation dont l'auteur n'est autre que George Soros, l'un des grands de Davos et de ce qui s'y brassait.

L'étrange destin de l'anecdotique : Pourquoi, dans un récit, ne retient-on souvent qu'un détail accessoire, qui prendra par la suite valeur de représentation ? L'historienne Lucette Valensi, provoquée par les innombrables évocations dans les arts et les lettres, autant au nord qu'au sud de la Méditerranée, du départ de Palestine de Marie, avec Joseph et l'enfant, ce que ne justifie pas l'unique mention du fait chez l'évangéliste Mathieu, a étudié le phénomène. La fuite en Égypte, Histoires d'Orient et d'Occident vient de paraître au Seuil.

Un climat retrouvé : Dans Les désenchantés, le romancier britannique Sebastian Faulks réussit à faire revivre l'époque Kennedy à travers des personnages plus vrais que nature. Le roman est publié chez Flammarion dans la traduction de Pierre Guglielmina.

Acteur et observateur : Pierre Sudreau a été de la résistance, a connu la déportation, a rejoint le gouvernement du général de Gaulle, qu'il a quitté pour délit d'opinion sans interrompre sa participation aux affaires de la France et de sa région. Il raconte aujourd'hui les étapes de cette vie qui eut partie liée avec celle de son pays. Ce témoignage unique, l'honnêteté du témoin ne pouvant être mise en doute, se lit avec bonheur. Au-delà de toutes les frontières de Pierre Sudreau a été publié chez Odile Jacob.

De Gaulle une nième fois : On n'épuise pas la vie des grands, il se trouve toujours quelqu'un, un jour ou l'autre, pour reprendre le dessin proposé avant lui, il y a toujours quelques sources oubliées qui forcent à rajuster le tir, à redresser le schéma d'explication. Voici cette fois le Charles de Gaulle d'Éric Roussel chez Gallimard.

Woody ne serait pas unique : Les hommes de notoriété d'origine juive auraient, certains en tout cas, partagé une même mise en situation à leur entrée dans la vie. C'est ce que Bruno Halioua soutient dans Mères juives des hommes célèbres, illustrant à travers leurs écrits et autres témoignages, dont ceux de Sigmund Freud, de Karl Marx, d'Albert Einstein, de Woody Allen, que ces héros n'ont pas eu des mères fragiles et sans relief, au contraire ; Marcel Proust, Moshe Dayan et Albert Cohen ne font pas exception. Le livre de Bruno Halioua présente en fait treize de ces couples mère-fils, dont les relations furent rarement sans éclats ; il paraît chez Bibliophane/Daniel Radford.

Famille « épivardée » : Avoir compté parmi ses sœurs une fan d'Hitler, une « gentlewoman » campagnarde et une communiste, c'est assez singulier. Ce n'est là qu'un aperçu de ce qu'Annick Le Floc'hmoan présente dans Les extravagantes sœurs Mitford, chez Fayard.

Lope de Vega sorti des limbes : Grâce à Suzanne Varga, l'un des créateurs les plus prolifiques et polyvalents que l'on connaisse est remis en selle et reconnaissance lui est rendue par les innombrables usages que ceux qui l'ont suivi (et pillé) ont fait de son œuvre. Lope de Vega paraît chez Fayard.

L'Amérique au pilori : Pleins feux sur l'Amérique depuis le 11 septembre : beaucoup de pour dans les médias électroniques, d'innombrables charges et dé-charges à travers les livres et autres écrits. Voici quelques titres en librairie cette automne : Mike contre-attaque ! de Michael Moore (traduction de Marc Saint-Upéry, La Découverte) ; Pourquoi le monde déteste-t-il l'Amérique ? de Ziauddin Sadar et Merryl Wyn Davies chez Fayard ; Dictionnaire amoureux de l'Amérique d'Yves Berger et L'obsession anti-américaine de Jean-François Revel chez Plon ; L'Amérique expliquée au monde entier de Mark Hertsgaard chez Stock. L'autre Amérique : les intellectuels américains contre la guerre, d'un collectif, dans la traduction d'Eustache Kouvélakis chez Textuel ; enfin (du gâteau), La droite la plus intelligente du monde : à la rencontre de l'Amérique de George W. Bush d'Anne-Elisabeth Moutet chez Laffont.

L'Afghanistan à écouter et à humer : Les images du pays dit des Talibans ont submergé les écrans, mais un cadrage cache toujours quelque chose et ceux qui « marchent » une région du monde apportent une autre couleur, des sons et des parfums qui ajoutent au tableau. Voici chez Laffont Carnets afghans de Stéphane Allix et Natacha Calestrémé, des habitués de ce pays multiple. À La Table ronde paraît Jours de poussière : choses vues en Afghanistan de Jean-Pierre Perrin. Pour sortir des clichés !

L'héroïne ballottée : La Birmanie revient sporadiquement dans l'actualité et la combattante pour la cause des femmes et des démunis, Aung San Suu Kyi en est la plupart du temps l'élément déclencheur, ses démêlés avec les autorités birmanes, les humiliations et autres sévices qu'on lui inflige régulièrement en étaient l'occasion. Ce combat, ce duel qui symbolise tant de luttes des femmes partout sur la planète, Claude Delachet-Guillon le présente dans Birmanie, côté femmes chez Olizane.

L'information qu'on falsifie : La désinformation, tout le monde en parle, mais comment faire lever le lapin ? Mortel consensus : les manipulations dangereuses des médias de Dominique Prédali, s'il ne donne pas de recettes, apporte des exemple qui sont autant de mises en garde (chez Alias ETC). Le problème est aussi soulevé, parmi bien d'autres « mécréances » de la société contemporaine par Jordi Vidal dans Résistance au chaos chez Allia et Le XXIe siècle en panne d'humanisme, Le temps de la spiritualité sociale de Bernard Ibal chez Bayard.

La leçon des extrêmes : Lire Marcel Gauchet, Pierre Manent et Alain Finkielkraut dans La démocratie de notre temps (Tricorne) permet sans doute de saisir les enjeux actuels à l'intérieur de principes connus de la gouverne des peuples. L'exposé d'Antoine Basbous dans L'Arabie saoudite en question : du Wahhabisme à Ben Laden (Perrin), qui met en lumière un système qui se situe à l'opposé des données de base admises, au moins en paroles, par la plupart des nations du monde, arrive sans doute à des conclusions voisines.

Islam, Palestine, Israël : Si la catastrophe de septembre 2001 a attiré les regards sur l'Islam, que la guerre entre Israël et la Palestine a multiplié les malentendus entre les extrémistes que nourrirait le Proche-Orient, une constatation s'impose : malgré leur présence millénaire, les peuples du Proche-Orient nous demeurent toujours inconnus. Pourtant on a beaucoup écrit sur eux et l'on publie encore beaucoup. En témoigne la rentrée de l'automne : L'Islam à l'épreuve de l'Occident de Jocelyne Cesari, qui décrit un monde musulman en transformation et Orient-Occident, la fracture imaginaire de Georges Corm, à La Découverte ; Le voyage en Palestine de Russel Banks, Breyten Breytenbach, Vincenzo Consolo et al., délégués en Palestine du Parlement international des écrivains à la demande du poète palestinien Mahmoud Darwich (Climats), des témoignages sur le vif dans toute leur authenticité ; Arafat de Janet et John Wallach (Bayard, traduction de S. Gleize) ; Quel avenir pour Israël ? De Schlomo Ben-Ami : entretien avec Yves Charles Zarka, Jeffrey Andrew Barash et Elhanan Yakira (Hachette Littératures) et, retour sur le passé, 1948, la guerre de Palestine : derrière le mythe, document collectif préparé sous la direction de Eugene L. Rogan (Autrement).

Avec les penseurs-clefs de notre temps : Ils conversent pour notre enseignement, Jacques Derrida et Antoine Spire dans Au-delà des apparences (Le bord de l'eau). On s'interroge dans Mouvements.23. Pierre Bourdieu et après, le travail de la critique, sur l'engagement, sur l'intellectuel, sur les forces à l'œuvre dans la société (La Découverte).

Des bonheurs de la relecture : Remettre à l'ordre du moment nos amis écrivains dont les livres ne bougent plus de leurs rayons ranime les souvenirs, pousse à en reprendre la lecture, assurés que nous sommes d'y savourer un miel nouveau. Montaigne, Montesquieu, Mauriac : la raison de l'autre de Jean Lacouture joue ce rôle pour les grands de la région bordelaise (Confluence), Borges et Buenos Aires de Jean-Pierre Bernès, pour l'Argentin qui bouscule toujours les idées reçues (La Renaissance du livre).

Et les petites gens ? : On accuse souvent les historiens de ne parler que de ceux qui décident, de ceux qui réussissent ou provoquent le destin. Howard Zinn, historien lui-même, tente de faire connaître les autres, tous les autres : Amérindiens, esclaves, ouvriers, etc., dans Une histoire populaire des États-Unis, de 1492 à nos jours. Chez Agone Éditeur dans la traduction de Frédéric Cotton.

Le spectre de la mondialisation : Spectre ou mythe polysémique ? On en parle mais jamais dans l'indifférence, on est allègrement pour ou désespérément contre. Vient de paraître, L'impérialisme au XXIe siècle : Le véritable visage de la mondialisation de James Petras et Henry Veltmayer chez Parangon. Du côté de la réflexion critique, figurent Raoul Vaneigem : À ceux qui persistent à ignorer l'émergence d'une société nouvelle chez Payot ; Jean Ziegler : Les nouveaux maîtres du monde chez Fayard. Les préoccupations d'ordre général nous ramènent à l'essentiel avec Galbraith : l'économiste et le pouvoir de Ludovic Frobert chez Michalon et Vous avez dit développement durable ? de Pierre Chassande chez Edisud.

Points : Retrouver en livre de poche ce qu'on a laissé passer en le regrettant, quelle veine ! À noter : Bleu : L'histoire d'une couleur de Michel Pastoureau ; La tyrannie du plaisir, La refondation du monde, Le principe de l'incertitude, Le principe d'humanité de Jean-Claude Guillebaud ; Paysages originels d'Olivier Rolin ; La constance du jardinier de John Le Carré, dans la traduction de Mimi et d'Isabelle Perrin ; La domination masculine de Pierre Bourdieu ; Pierre Bourdieu et la théorie du monde social de Louis Pinto.

Ils avaient abjuré : ...mais ils ne s'en sont pas tous tiré. Histoire des marranes de Cecil Roth rappelle une période de fanatisme, qui ressemble peut-être à la nôtre. Chez Liana Levi dans la traduction de Rosie Pinhas-Delpuech.

Aimer à en pleurer : ...ou se quitter. Le dernier titre de Jean-Philippe Toussaint, connu pour les rires qu'ont déclenchés ses livres précédents, ne perdrait rien, drôlerie en moins, de la maîtrise de l'écriture qui lui assure une place de choix parmi les écrivains de sa génération, Faire l'amour est publié aux éditions de Minuit.

Le premier roman d'un vétéran de l'écriture : Olivier Py a écrit et monté plusieurs pièces de théâtre, il a fait du cinéma, publié de la poésie et c'est avec ces expériences bien maîtrisées qu'il se fait maintenant romancier. Dans Paradis de tristesse (Actes Sud), le titre l'indique bien, il y a de l'excessif dans le bonheur comme dans le malheur et tous les débordements des émotions. Le milieu décrit est dur mais les êtres y sont fragiles comme partout.

Se taire, s'être tu, est souvent sans rémission : Avoir vécu une relation difficile avec son père sans jamais l'avoir affronté, avoir tiré la situation au clair, pèse lourd pour la fille de cinquante ans qui s'occupe de lui, maintenant centenaire. L'attachement existe toujours, la compréhension pourrait s'établir, mais les éléments du malentendu sont devenus inextricables avec le temps. Numéro six de Véronique Olmi (Actes Sud) réussit à rendre avec sensibilité la démarche vers un rapprochement, qui n'aura pas lieu.

On broie du noir chez les jeunes romanciers : Il est admis maintenant que le fait d'enfanter ne rend pas automatiquement apte à prendre soin d'un enfant. Le roman de Philippe Poudroux, Une fille (Pauvert) a pour thème cette réalité à laquelle il donne une issue fatale. Il semble bien triste, ce premier roman. Celui de Sébastien Brebel, Place forte (P.O.L.) est aussi noir, mais il comporte certains aspects humoristiques, des personnages colorés, mis en scène avec talent.

Une œuvre inspirante : Ce serait en réaction à une toile d'Edward Hopper, Les rôdeurs de la nuit, que Philippe Besson, qui s'est fait connaître avec En l'absence des hommes et Son frère, a conçu L'arrière-saison (chez Julliard comme les deux premiers). Le personnage est, comme dans la peinture, la femme à la robe rouge ; elle attend et le romancier étoffe cette attente et ce qui s'ensuivra. La carrière de Philippe Besson se poursuit sur sa lancée.

Première traduction de Dan Chaon : Le nouvelliste américain a connu le succès dès son premier recueil et le second confirme ce départ en flèche ; il paraît sous le titre Parmi les disparus chez Albin Michel dans la traduction d'Hélène Fournier et de Michel Lederer. On compare Dan Chaon au réputé Raymond Carver.

Sur les traces des Rolling Stones : Étonnant mais vrai, c'est le sérieux François Bon qui se découvre à nous comme un fan de musique rock, ce dont témoigne son dernier livre, Rolling Stones, une biographie, publié chez Fayard. L'œuvre bénéficie donc du talent d'un écrivain chevronné et de sa fréquentation d'un groupe toujours admiré.

De l'action et des contorsions à revendre : Patrick McGrath n'est pas un inconnu, ses romans d'époque ont fait fureur, ceux qui se situent de nos jours ont été repris au cinéma. Le dernier venu, Martha Peake, mène le lecteur dans une série d'aventures extravagantes. Chez Calmann-Lévy, dans la traduction de Martine Skopan.

Une rentrée roman chez Actes Sud : Signalons entre autres, Cris de la bruine de Yu Hua, traduit du chinois par Jacqueline Guyvallet ; Le dernier communiste de Valéry Zalotoukha, traduit du russe par Catherine Guetta et Macha Zonina ; Viser les cygnes de Hella S. Haasse, traduit du néerlandais par Annie Kroon ; Cher premier amour de Zoé Valdés, traduit de l'espagnol par Liliane Hasson.

Morceaux d'histoire chez Albin Michel : Dans la collection « Terre indienne », James Wilson (traduit par Alain Deschamps) publie La terre pleurera : une histoire de l'Amérique indienne. Autres lieux, autre milieu, avec Roger Dupuy, auteur de La politique du peuple : racines, permanences et ambiguïtés du populisme, et réflexion triple azimut que celle de Michel Dousse dans Dieu en guerre : la violence au cœur des trois monothéismes.

De Leonard Cohen : Chez Christian Bourgois, paraissent The favorite game et Les perdants magnifiques, traductions de Michel Doury.

La Découverte : La maison publie toujours quantités d'essais. On relève dernièrement, parmi les documents historiques, L'Europe et l'Orient : de la balkanisation à la libanisation, histoire d'une modernité inaccomplie de Georges Corm (nouvelle édition de poche) ; L'Occident et les autres : histoire d'une suprématie de Sophie Bessis (édition de poche) ; Le pain de misère, T. 1, L'Empire russe jusqu'en 1914 ; T. 2, L'Europe centrale et occidentale jusqu'en 1945, de Nathan Weinstock.

La collection « Folio » : En petit format chez Gallimard sont parus, côté biographies : André Malraux, une vie d'Olivier Todd et Slobodan Milosevic : la diagonale du fou de Florence Hartmann ; côté mémoires : Le mort qu'il faut de Jorge Semprun ; côté analyse : Massoud, l'Afghan de Christophe de Ponfilly. Les romanciers offrent à leur tour : Money, money, Martin Amis ; Paris, Émile Zola ; Par-delà le mur du sommeil, Howard Phillips Lovecraft, traduit par Jacques Papy et Simone Lamblin ; Amsterdam, Ian McEwan, illustrations de Suzanne V. Mayoux ; Branle-bas au 87, Ed McBain, traduit par Janine Hérisson.

La déprime : Dans son édition de juillet-août 2002, le toujours stimulant Magazine littéraire consacre un dossier à la dépression, la mélancolie et la fatigue d'être soi. Entre le témoignage de grands déprimés tels Clément Rosset et William Styron, et celui des cliniciens de l'âme, Alain Ehrenberg, Pierre Fedida et d'autres, on y rappelle le parcours douloureux de quelques grands dépressifs de la littérature : Virginia Woolf, bien sûr, mais aussi Flaubert, Maupassant, Henri Michaux et Scott Fitzgerald. En si bonne compagnie, la déprime devient presque agréable.

Chronique d'un grand siècle : François Bott, ex-patron du « Monde des livres », vient de lancer sur le marché des idées un recueil de chroniques sur certains écrivains vedettes ainsi que sur quelques seconds rôles du XIXe siècle littéraire. Dieu prenait-il du café ? (Le cherche midi) promet une visite originale de ce grand siècle.

En commençant par la fin : En règle générale, on rend hommage à ses maîtres quand a sonné l'heure des bilans. Charles Ficat n'a pourtant pas attendu de clore son œuvre pour reconnaître ce qu'il doit à ceux qui l'ont fait. Parmi ceux-ci, J. K. Huysmans, Jean-Edern Hallier et Bob Dylan. Un panthéon éclectique à explorer dans Stations, paru aux éditions Bartillat.

De la littérature comme objet de roman : Un véritable thriller sémantique que vient de faire paraître Marc Pierret aux éditions Verticales. Le mystère de la culture raconte les disputes autour de la disparition de mystérieux carnets « littéraires » ayant appartenu à un journaliste de renom. Roman sur la naissance d'un roman, littérature polyphonique. On parle d'une réussite totale.

Souvenirs d'Afrique : Si l'on ne tient pas compte des quelques clichés sur sa misère, sa faune et ses guerres tribales, l'Afrique souffre d'une méconnaissance généralisée. C'est pourquoi, après le très beau livre de Ryszard Kapuscinski, Ébène (Plon), il faudra lire Larmes de pierre (Calmann-Lévy) d'Alexandra Fuller. L'auteure raconte le Zimbabwe, le Malawi et la Zambie de son enfance. De l'âpreté et beaucoup de sincérité dans ces souvenirs d'Afrique.

Roman noir : Ceux qui affectionnent le roman noir devraient inscrire à leur programme de lecture le dernier titre de l'américain Daniel Woodrell, La mort du petit cœur (Rivages/Noir), une histoire de chair, de sexe et de sang.

L'ennui, mode de vie : Le philosophe norvégien Lars Svendsen fait un tabac un peu partout dans le monde avec son livre sur l'ennui, Petite philosophie de l'ennui. Après en avoir rappelé l'histoire, des Romains jusqu'à nos contemporains, Lars Svendsen propose, pour s'en guérir, le bon vieux remède de l'acceptation.

Le guide du prince : Erasme, Machiavel et Bossuet, parmi d'autres écrivains, ont rédigé pour « leur » prince des manuels sur l'art de gouverner. Le recueil de textes publié chez Fayard, sous la direction de Ran Halévi, Le savoir du prince, du Moyen Âge aux Lumières, nous convie à un retour historique sur les débuts des sciences politiques. On y apprend qu'en codifiant les règles de la conduite politique et en les rendant accessibles à tous, ces politologues avant l'heure ont paradoxalement contribué à mettre « leur » prince au chômage.

Le sexe et ses représentations : Universitaire et chroniqueuse à la revue Art Press, Dominique Baqué s'est intéressée, dans Mauvais genre(s) (Du Regard), aux mutations de la représentation du corps dans l'art contemporain. Le sexe « littéraire » y est bien représenté avec ses « penseurs » (Georges Bataille, Gilles Deleuze, Roland Barthes) et ses « praticiens-discoureurs » (Michel Houellebecq, Guillaume Dustan et Catherine Breillat). L'auteure aborde aussi le riche domaine de la représentation picturale du corps humain.

Une femme encore indignée : Trente ans après avoir dénoncé la « femme eunuque », Germaine Greer s'indigne à nouveau du sort fait aux femmes dans La femme entière (Plon). Son constat : « La pseudo-égalité fait peser sur les femmes une [...] menace : cette rhétorique sert à masquer la franche dérouillée que prennent actuellement les femmes au nom du politiquement correct [...]. Le temps de la colère est revenu ».

Penché sur l'arbre : La curiosité humaine n'a pas de limite. À preuve, le philosophe Robert Dumas a eu la surprenante idée de se pencher sur la place de l'arbre dans l'histoire, la littérature et la philosophie dans Traité de l'arbre, Essai d'une philosophie occidentale (Actes Sud). La singularité de l'entreprise vaut à elle seule le détour.

La publicité philosophique : Selon Dominique Quessada, philosophe de son état, la publicité et la philosophie, loin de s'opposer comme on pourrait le croire, sont profondément liées. La publicité réalise le projet de la philosophie qui est de gérer les affects humains et les désordres de la cité par un discours rationnel. Toutefois, pour s'en convaincre, il faudra lire son Esclavemaître, paru aux éditions Verticales.

Un livre pour Mme Lemieux : À ceux qui, comme notre ministre de la Culture, croient qu'il n'y a point de culture hors du Québec, nous suggérons la lecture du roman de Trevor Ferguson, Le kinkajou (Le Serpent à plumes). Ce dernier opus confirme l'écrivain canadien comme l'un des meilleurs romanciers anglophones du moment, au côté de Margaret Atwood et de Timothy Findley.

Un nouveau Chevalier : Les nombreux lecteurs qui ont été ravis par la lecture de La jeune fille à la perle (Gallimard/Folio) seront heureux d'apprendre la parution d'un autre livre de Tracy Chevalier, Le récital des anges (Quai Voltaire), dont l'action se déroule, cette fois, dans l'Angleterre victorienne.

La voix d'un juste : Voici ce qu'écrivait dans Le Monde l'ancien ministre français des Affaires étrangères, Hubert Védrine, à propos du dernier livre de Théo Klein, Le manifeste d'un juif libre (Liana Lévi), qui plaide pour la reconnaissance d'un État palestinien indépendant : « Ce petit livre est un grand livre en ce qu'il prend le contre-pied, par la hauteur de vue, l'honnêteté intellectuelle et un courage politique serein, de beaucoup de sottises haineuses lues et entendues ces derniers mois sur la tragédie du Proche-Orient ».

Papa Freud : Et si le père de Sigmund n'était pas celui qui figure dans les albums de famille et les livres d'histoire ? C'est la question que pose Gabrielle Rubin dans son essai Le roman familial de Freud (Payot). Son enquête, racontée comme un polar, part de l'hypothèse que la mère de Freud aurait fait un mariage de raison pour cacher une grossesse malvenue.

La fidélité du client : Dans son dernier ouvrage, Christian Giudicelli ne cache pas son goût pour les jeunes garçons qui monnaient leurs services sexuels ni le fait qu'il s'éprend de l'un d'eux. Quand celui-ci est arrêté, il lui trouvera un avocat, soutiendra sa famille et lui rendra régulièrement visite en prison. Parloir, publié au Seuil, raconte cette fidélité.

Des hommes en noir : On le sait, les curés sont une espèce en voie d'extinction. Raison de plus pour lire l'étude parue chez Fayard sous la direction de Nicole Lemaître, Histoire des curés. Vous y apprendrez, entre autres, que la profession de curé est une « invention » relativement récente puisqu'elle a été « créée » au concile de Latran (XIIe siècle) pour faire échec au catharisme et pour assurer la cura animarum, le soin des âmes.

Enquête sur une légende : La légende des Templiers et surtout celle de leur dernier grand maître, Jacques de Molay, immolé par le feu, a donné lieu à bien des histoires et a nourri bien des légendes. Un dernier ouvrage s'ajoute à la liste, le Jacques de Molay qu'a récemment fait paraître Alain Demurger chez Payot.

Dictionnaire des utopies : Sous la direction de Michèle Riot-Sarcey, Thomas Bouchet et Antoine Picon, vient de paraître chez Larousse le Dictionnaire des utopies. Que ce soit en littérature, en politique, en architecture, en sciences, en économie ou en religion, on recense, en une centaine d'entrées, quelques-unes des propositions des grands idéalistes qui ont rêvé de bâtir le meilleur des mondes.

La science-fiction : La science-fiction est le sujet d'étude de Gilbert Millet et de Denis Labbé dans l'ouvrage éponyme paru chez Belin. Quelles en sont les limites, les thèmes ? Quelle place occupe-t-elle dans la littérature ? Qui en sont les auteurs ? Autant de questions auxquelles les auteurs tentent de répondre en 400 pages.

Inédits d'Hermann Hesse : Les éditions Calmann-Lévy ont fait paraître récemment quelques textes inédits écrits entre 1899 et 1959 par l'auteur du Loup des steppes et de Siddharta, rassemblés sous le titre L'art de l'oisiveté. Hermann Hesse y fait l'apologie de l'inaction et propose un heureux contrepoids aux discours du moment axés sur la poursuite acharnée de l'excellence.

Nouvelle star : On dit que l'écrivain américain Mark Z. Danielewski aurait écrit le Blair Witch Project de la littérature. Comme le film, La maison des feuilles a fait sensation à sa parution aux États-Unis. Le scénario ? En vue de tourner un long métrage, un récipiendaire du Prix Pulitzer s'installe dans une maison qui a l'extraordinaire pouvoir d'ouvrir sur un espace susceptible de se dilater indéfiniment, d'aspirer vers les entrailles de la Terre ou de projeter vers l'infini.

Cinéma américain : Dans Le nouvel Hollywood (Le cherche midi), Peter Biskind braque ses projecteurs sur la bande de réalisateurs rebelles, dont Scorcese, Coppola, Cassavetes, Rafelson et autres Spielberg qui, dans les années 1970, a transformé l'industrie du film à Hollywood. L'auteur, comme ses acteurs, mêle sans état d'âme art et business, liberté artistique et rentabilité économique.

Un nouveau Chandernagor : La célèbre auteure de L'allée du roi (Julliard), Françoise Chandernagor, lance cet automne un nouveau roman historique, La chambre (Gallimard), qui raconte l'emprisonnement du dauphin Louis XVII au moment de la Révolution française. De son livre, la romancière dit : « C'est un huis clos tragique, une allégorie de la condition humaine ». NB



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